Zoom sur : La peinture de guerre et de la vie militaire au 19e siècle

La peinture de guerre et de la vie militaire au 19e siècle

La dernière faction - Dujardin-Beaumetz

La guerre est  depuis le Moyen âge un sujet  pour les arts. On y voit représentés au premier plan le roi et les princes, devant un fond de paysage et de bataille.  (Van der Meulen, peintre de Louis XIV meilleur représentant du genre).

A partir de la Révolution, les artistes s’intéressent au soldat, à sa vie sur les champs de bataille et en  campagne  (JC Tardieu, LF Lejeune, C Vernet, Charlet, H Bellangé, H Vernet). Cependant  les tableaux sur la vie quotidienne des soldats ne sont pas admis au salon des artistes français. La Révolution de 1848 met le soldat, en tant qu’issu du peuple, en avant. Ces années de bouleversement social se manifestent en peinture par le mouvement réaliste (Courbet, Millet).

 

Au second Empire  les peintres illustrent les guerres de Crimée et d’Italie en reprenant la tradition de la peinture de batailles où le centre de la composition est occupé par l’empereur et ses généraux, reléguant  les soldats en périphérie (E Meissonnier, A Yvon, I Pils).

 

A partir de 1860, la peinture de genre gagnant en importance, les scènes de vie militaire sont peu à peu admises. Au salon de 1866 Edouard Manet présente Le fifre, enfant de troupe de la garde impériale sans doute premier portrait français d’un soldat anonyme.

 

Durant la guerre de 1870 de nombreux peintres deviennent soldats, ce qui va profondément changer leur regard sur la guerre, Alphonse de Neuville l’illustre parfaitement avec Les dernières cartouches.  L’armée devient très présente dans la vie des français, d’autant plus qu’une réforme oblige tous les citoyens à faire leur service militaire. Le régiment qui passe ou la Halte de tambours, 1868, d’Edouard Detaille sont des scènes du quotidien. Le courant réaliste, qui se répand dans l’art, ne peut que susciter une représentation de la vie militaire telle qu’elle existe sans l’idéaliser, bien qu’encore il y a des façons variées d’appréhender.

 

Edouard Detaille, suivant les leçons de son maître, devient le chef de file d’une école : il s’attache à la vérité des types et des expressions, à l’atmosphère des paysages avec beaucoup de méticulosité et dans un rendu très fini, proche de la photographie, ce qui lui sera reproché par les impressionnistes, mais plait aux visiteurs des Salons. La popote de Grollerons et La douche au régiment de Chaperon, présentées au salon de 1887, y apparaissent comme des manifestes de cette peinture tant les soucis du détail dans le paysage et du réalisme de la scène et des soldats sont aboutis. Guillaume Régamey, Georges Jeanniot sont des meilleurs représentants de cette école dans les années 1880.

 

Pour les épisodes de la guerre de 1870 les peintres se servent de leurs propres souvenirs, sinon ils procèdent à une reconstitution : ils se rendent sur les lieux, y prennent des croquis, font parler les gens. Parfois les soldats eux-mêmes ont posé (A. de Neuville Les dernières cartouches) ;  Edouard Detaille va à Morsbronn pour dessiner toutes les maisons du village et fait poser les survivants. Certains peintres suivent les expéditions coloniales, Sergent par exemple se rend en Tunisie pour étudier le paysage. Ils suivent les régiments dans leurs exercices et  les grandes manœuvres, s’installent dans les cours des casernes. Ils se servent aussi de la photographie en particulier pour les mouvements des chevaux jusqu’alors difficilement analysables.

Ce travail d’observation poussé à  l’extrême est complété en atelier. Leurs ateliers sont remplis d’uniformes et d’armes de tout type, des livres, albums illustrés sur l’armée et divers documents. D’autre part ils ont leurs modèles préférés, d’anciens soldats que l’on peut reconnaître d’un tableau à l’autre sous divers uniformes. Il  croque les chevaux en extérieur puis dans l’atelier installe son modèle sur un mannequin.

 

Dans les années 1890 on aboutit à un réalisme documentaire que viennent conforter les commandes officielles (Detaille : L’escadre française reçoit les souverains russes… ; la Revue de Châlons, Funérailles de Pasteur). A côté de ces grandes évocations de moments historiques les scènes de la vie quotidienne semblent bien anecdotiques et certains leur reprochent un penchant à la trivialité. Les critiques se font plus nombreuses avec la montée du mouvement symboliste. Le développement de la photographie et du cinéma fait concurrence. Beaucoup de peintres militaires se tournent vers la peinture d’histoire ancienne érudite.

 

Au début du 20e siècle la peinture militaire n’éveille plus la curiosité du public. D’un point de vue pictural la peinture militaire suit l’évolution ambiante et se rapproche de la facture et des couleurs de l’impressionnisme, le paysage devient aussi important que le sujet (F Gueldry, Dragons à l’abreuvoir, 1905).

 

La période 1870 à 1914 est un moment essentiel de l’histoire de l’armée française et un âge d’or pour la peinture militaire. Edouard Detaille a tenté d’exprimer le sentiment qui unissait l’armée à la nation  il fut suivi par quelques amis mais ils  restent isolés au sein de la peinture. Après les chefs d’œuvre de 1870, les peintres des années 1880 se tournent vers la représentation de la Révolution et du premier Empire pour illustrer l’héroïsme.

 

Bibliographie

François Robichon, L’armée française vue par les peintres, 1870-1914. , éd. Herscher/Ministère de la défense.2007

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