Les fouilles du site de Solférino à Narbonne

L’aménagement par le Conseil départemental de l’Aude d’un nouveau tronçon pour la rocade Est de Narbonne a donné lieu en 2012 à d’intéressantes découvertes archéologiques au lieu-dit Solférino. Le site se trouve au Nord-Est de la ville, sur la lisière de la terrasse alluviale, cette étendue hors d’eau sur laquelle s’est développée la ville à l’époque antique et qui domine de quelques mètres, l’ancien delta de l’Aude, ainsi que la vaste zone lagunaire qui lui est associé.
En janvier 2011, le diagnostic archéologique a révélé la présence d’importants vestiges, ce qui a conduit les services de l’Etat à prescrire des fouilles préventives comme préalable à la réalisation des travaux routiers. Au total, une superficie d’environ 9 000 m² a été fouillée par les archéologues de la société Hadès, sous la responsabilité de Julien Vial, archéologue spécialiste de la Protohistoire. Les vestiges mis au jour appartiennent à deux périodes distinctes, la Protohistoire (premier âge du Fer, VIIIe-VIIe siècle avant J.-C.) et l’Antiquité (Ier-IVe siècle après J.-C.).
 

Sépultures protohistoriques en cours de fouille (Cliché de J. Vial, Hadès, 2012)


La nécropole protohistorique

Plan de la nécropole protohistorique

Durant la période protohistorique, est implantée sur le site, une nécropole rassemblant vingt-quatre sépultures à incinération du tout début de l’âge du Fer (725-675 av. J.-C.). Si cet ensemble s’avère peu conséquent, il est néanmoins fort probable qu’il se développe au-delà des limites de l’emprise étudiée. Au centre passe la voie romaine dont la construction a endommagé la nécropole. Dans la partie occidentale de l’aire funéraire se concentrent des tombes modestes alors qu’à l’est, se trouvent les sépultures plus opulentes. Un dépôt mobilier, peut-être lié à des pratiques rituelles, a par ailleurs été mis en évidence dans le secteur occidental de la nécropole.

 Les sépultures de Solférino témoignent de pratiques funéraires tout à fait similaires à celles attestées régionalement pour la même époque. L’architecture externe des tombes a été largement bouleversée par les travaux agraires postérieurs : seules deux d’entre elles avaient conservé une dalle de fermeture et la forme des fosses sépulcrales, appelées loculus, n’a pu être qu’exceptionnellement définie. Elles semblent alors circulaires.

 

Sépulture protohistorique, comportant plusieurs vases d’accompagnement et une valve de coquille Saint-Jacques, ce qui suggère une tombe féminine (Cliché Hadès, 2012)

Plan de la même sépulture. La disposition du dépôt sépulcral suggère l’existence d’un loculus circulaire (DAO de J. Vial, Hadès, 2015)

Ces tombes protohistoriques sont constituées d’un ossuaire, qui prend la forme d’une urne dans laquelle sont regroupés les restes des os du défunt après la crémation et, dans la plupart des cas, d’offrandes. On trouve ainsi des vases à boire en céramique et des objets en bronze ou en fer ayant probablement appartenu au défunt. L’identification du sexe du défunt n’étant plus possible après la crémation, ce sont souvent ces objets qui permettent de déterminer s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme et de donner des indications sur son statut social. L’un des dépôts funéraires les plus opulents a ainsi livré deux éléments en métal hors du commun : un grand poignard en fer et une fibule en bronze provenant de Catalogne. Un rare vase à décor excisé a aussi été mis au jour.

Vase à motif excisé en cours de dégagement (Cliché Hadès, 2015)

Fibule à pivot en bronze trouvée dans l’une des sépultures. Cet objet provient du nord de la Catalogne (Cliché de J. Vial, Hadès, 2015)

La nécropole de Solférino constitue l’une des très rares implantations du premier âge du Fer en proche périphérie de Narbonne. Elle nous renvoie en définitive l’image d’une communauté dotée d’une hiérarchie sociale relativement marquée, dont les membres les plus éminents commerçaient déjà avec d’autres populations indigènes du Golfe du Lion.

Le site antique

Pour la période antique, l’opération de Solférino constitue la première fouille d’ampleur consacrée à la proche périphérie rurale de Narbo Martius. Les données acquises sont donc essentielles pour notre connaissance des modes de structuration et d’exploitation de ce terroir. Les diverses structures mises au jour appartiennent à une nécropole antique, une voie de circulation et des installations viticoles. Leur présence est probablement liée à l’existence au nord de la zone fouillée d’un domaine rural, une villa. Elles sont majoritairement datées du Haut-Empire (Ier siècle après J.-C.), mais le site est utilisé jusqu’à l’Antiquité tardive (IVe siècle).

Plan du site antique

  • Un site agricole

L’occupation antique du site de Solférino débute avec l’aménagement, sans doute dans la première moitié du Ier siècle apr. J.-C., d’un petit chemin de 3,5 mètres de large, qui a pu desservir la villa. Pour assurer un roulement stable, il était recouvert d’une épaisseur de 30 à 40 cm de petits galets. 

La voie romaine en cours de dégagement (Cliché Hadès, 2015)

C’est aussi très probablement au début du Ier siècle apr. J.-C. qu’est édifié à une quarantaine de mètres à l’est du chemin, un bâtiment identifié à un chai. Il abritait au minimum une trentaine de dolia, ces grosses jarres antiques dans lesquelles avait lieu la vinification. Seul un dolium a été retrouvé, mais les archéologues ont pu dégager les fosses marquant l’emplacement des autres. 

Restitution hypothétique de deux dolia du chai (DAO de J. Vial, Hadès, 2015)

De part et d’autre du chemin, on trouve aussi les vestiges d’un vignoble antique, marqué au sol par un ensemble de petites saignées oblongues dans lesquelles étaient plantés les ceps de vigne. Ce mode de culture, de type alveus, permet des plantations particulièrement denses, caractéristiques de la période antique.

  • La nécropole antique

Dans la seconde moitié du Ier siècle apr. J.-C. et au cours du IIe siècle, une nécropole se développe le long de la voie. Ont été mis en évidence un bûcher, qui prend la forme d’une fosse dont la terre des parois a été rougie par la chaleur, une tombe-bûcher ou encore une tombe à libations. 

Dépôt d’une tombe à crémation. L’amas osseux est entouré de cruches et d’une lampe à huile en céramique (Cliché de J. Ollivier, Hadès, 2012)

Ces structures funéraires ont livré un abondant mobilier comprenant des objets de qualité (céramique fine, verrerie, tabletterie, orfèvrerie, coffrets…). Les fragments d’un lit funéraire font partie de cet ensemble. Lors de la crémation, le corps du défunt était placé sur ce lit, dont le décor était vraisemblablement composé de morceaux d’os travaillés. Des fragments de ce décor ont retrouvés lors de la fouille. Les offrandes attestent le statut social élevé des défunts qui pourraient en conséquence faire partie de la famille propriétaire de la villa avoisinante.

Sceau au nom de Titus Julius mis au jour lors des fouilles (Cliché de J. Vial, Hadès, 2015)

Postérieurement au milieu du Ier siècle apr. J.-C., un petit édifice est érigé à moins de 5 m à l’est du chemin, au sud des sépultures évoquées ci-dessus. Malgré son médiocre état de conservation, il pourrait être assimilé à un mausolée, peut-être celui de l’un des propriétaires du domaine.

A partir de la fin du IIe siècle, le chemin est peu à peu abandonné. L’édifice assimilé à un mausolée est quant à lui démantelé au cours du IIIe siècle. Cette même période voit cinq sépultures à inhumation être installées dans son voisinage immédiat. Trois d’entre elles présentent la particularité d’être étroitement superposées ce qui pourrait correspondre à un ensemble funéraire familial.

Sépultures à inhumation superposées (Cliché de M. Anselmo, Hadès, 2012)

Le chai est profondément remanié au IIIe siècle, peut-être à l’occasion du remplacement des dolia par des tonneaux ou pour adapter le bâtiment au stockage de denrées autres que le vin. Il est abandonné au cours du IVe siècle et empierré, avant qu’une nouvelle construction, mal conservée et donc impossible à interpréter, ne soit érigée à cet emplacement. Lui sont associées deux sépultures d’enfant en amphore. Cette réoccupation est de courte durée puisqu’aucun mobilier postérieur au Ve siècle n’a été recueilli sur le site.

Statue réemployée dans un des murs de l’ensemble bâti tardif. Cette œuvre géminée représente Priape et, probablement, Mercure (Clichés de J. Vial, Hadès, 2015)

Un court métrage a été réalisé à l’occasion des fouilles de Solférino. Il illustre, sur plusieurs mois, les différentes étapes du travail des archéologues et des restaurateurs, du travail sur le terrain à l’étude des vestiges lors de la phase de post-fouilles, en passant par les mesures spécifiques prises pour la conservation des objets. 

Coréalisatrices Julie Pace et Emmanuelle Capo. Durée : 34' .

Rubrique: