La Bande noire au musée Petiet

Une rapide recherche en ligne permet de s’apercevoir que le terme de « Bande noire » a fait référence à de nombreux groupes ou organisations au fil du temps : un syndicat anarchiste réunissant des mineurs de Montceau-les-Mines, des spéculateurs actifs sous la Révolution ou même une bande de brigands Belges sévissant au XVIII° siècle. Les liens entre ces Bandes noires et le musée Petiet ne semblent donc pas évidents...surtout lorsque l’on songe au sujet du tableau ci-dessous.

L. Simon, Les Communiantes, huile sur toile (photo Patrice Cartier)

La Bande noire qui nous occupe est en effet beaucoup plus sage. Dans le champ de l’histoire de l’art, ce terme renvoie à un groupe de peintres actifs à la toute fin du XIX° siècle et au début du XX°. Les cinq principaux artistes qui le composent sont Charles Cottet, qui fait office de figure de proue, René Ménard, André Dauchez, Lucien Simon et René-Xavier Prinet. On peut aussi citer Jacques-Emile Blanche ou Edmond Aman-Jean. Le musée Petiet conserve des œuvres de ces quatre derniers peintres ; ce sont des dépôts de l’Etat.
Tous ces artistes sont issus de la bourgeoisie, ils sont amis, voire parents, exposent côte à côte et partent parfois en villégiature ensemble. Simon et Cottet se retrouvent ainsi en Bretagne ; Dauchez est le beau-frère de Simon.

E. Aman-Jean, Jeune fille au chien, huile sur toile, 1913


La Bande noire, une peinture intimiste
Cet étrange nom de « Bande noire » semble être attribué aux cinq artistes à partir du salon de la Société Nationale des beaux-arts de 1895.
Ce qualificatif traduit l’attrait des peintres pour un ensemble de tons plutôt sombres. Leur travail rompt à la fois avec les teintes claires et lumineuses employées par les impressionnistes et postimpressionnistes et avec les couleurs vives plébiscitées par les membres de l’Ecole de Pont-Aven qui œuvrent à la même époque. Pour les mêmes raisons, Cottet et ses amis sont aussi surnommés les « Nubiens ».
Outre cet aspect lié aux coloris et une technique commune employant une pâte souvent épaisse, il n’y a pas véritablement d’unité de style entre les membres du groupe. Quelques caractéristiques communes se dégagent cependant : les artistes s’inspirent de la tradition réaliste, revendiquant une certaine continuité avec un peintre comme Gustave Courbet, et aimant à représenter des scènes de la vie quotidienne.
En revanche, leurs sujets varient fortement. Charles Cottet aime à figurer des scènes de la vie quotidienne bretonne, où transparait la dureté de la vie des marins, sans toutefois verser dans le pathos, alors que René-Xavier Prinet s’intéresse à la représentation des intérieurs bourgeois et portraiture les membres de son entourage.

J.-E. Blanche, Portrait de la mère de l’artiste, 1895 (photo Images Bleu Sud Philippe Benoist)


Les œuvres du musée Petiet
Parmi les toiles de la Bande noire conservées au musée Petiet, deux sont de René-Xavier Prinet, Le Bain, daté de 1888 et une œuvre de plus grande dimension datée de 1908, La Famille Saglio. Cette seconde toile figure un couple âgé et leur fille, assis dans un intérieur bourgeois comme c’est souvent le cas chez Prinet. Le cadre doré et mouluré du miroir qui domine les personnages, le grand vase présent à l’arrière-plan et l’assortiment des tissus décoratifs démontrent leur aisance matérielle.

RX Prinet, La Famille Saglio, huile sur toile, 1908 (photo Images Bleu Sud Philippe Benoist)

On comprend avec ce tableau l’origine du nom de Bande noire attribué au groupe : bien que la pièce représentée soit pourvue de fenêtres (elles se reflètent dans le miroir), elle n’est pas très lumineuse. La palette de l’artiste est majoritairement composée de tons sombres, ocre et marron, les personnages sont vêtus de noir. L’espace le plus lumineux, celui qui attire le regard du spectateur, semble être le buste et le visage de la jeune femme mélancolique, vêtue d’un chemisier blanc. On peut noter le beau collier qu’elle porte autour du cou, dont la couleur profonde, verte, fait penser à des perles de malachite.
La touche de l’artiste n’est pas lisse, mais le réalisme de la représentation est prégnant. Les trois personnages sont parfaitement identifiables. Il s’agit des parents d’André et Edouard Saglio, eux-mêmes artistes et proches amis de Prinet, et de leur nièce, Mme Lafay. Le tableau pourrait être un hommage posthume, peint peu après le décès subit de M. Saglio.

R.-X. Prinet, Le Bain, huile sur toile, 1888 (photo Images Bleu Sud Philippe Benoist)
 

La Bande noire fera l’objet d’une visite commentée au musée le 26 mai à 10h.

Elle sera l’occasion de parler du lien entre les artistes de ce mouvement exposés au musée et de détailler plus particulièrement le tableau Le bain de René-Xavier Prinet, qui n’a été qu’évoqué ici.

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