Et si par hasard... (la suite)

Et les documentaires, nous demandiez-vous ? Ben, ils arrivent !

Documentaires

 

  • Le loup, le crapaud et les trois petits cochons de Tuyosi Mori et Mitsumasa Anno
    Professeur de mathématiques japonais, l’enseignement de Tuyosi Mori était réputé pour son approche originale et concrète, rapprochant mathématiques et quotidien. Cet album en est un formidable exemple : un loup, aidé d’un crapaud, réfléchit aux possibilités de trouver les trois petits cochons sachant qu’il y a cinq maisons… On aborde, grâce aux illustrations de Mitsumasa Anno, le domaine, obscur pour beaucoup, de l’analyse combinatoire d’une manière simple et ludique. À mettre entre toutes les mains !
  • Les mystères du hasard de Benoît Rittaud
    Une réflexion sous forme de débat, à hauteur d’enfant, par un « grand » de la vulgarisation scientifique : le hasard existe-t-il… ? Ainsi qu’une excellente introduction à des notions mathématiques trop souvent abordées de façon purement abstraite, comme la courbe de Gauss. (Lire absolument les pages 42 à 46 pour enfin y voir dans les brumeux souvenirs de lycée !). À la fin, quatre petites expériences à faire seul ou en groupe pour comprendre encore mieux. 
  • La loi des séries, hasard ou fatalité ?  d’Élise Janvresse
    À destination des ados ou des adultes, ce petit ouvrage permet de s’initier simplement et au travers d’exemples concrets aux joies des probabilités, tout en invalidant, explications à l’appui, la fameuse « loi des séries », et en donnant toute sa place…au hasard bien sûr !
    L’occasion de découvrir, si ce n’est déjà fait, la collection extrêmement bien faite de vulgarisation scientifique « Les Petites Pommes du Savoir » aux éditions Le Pommier.
  • En passant par hasard…Les probabilités de tous les jours de Gilles Pagès et Claude Bouzitat
    Experts en probabilités numériques, jeux de hasard, mathématiques financières, les auteurs replacent  les probabilités dans leur contexte historique et les illustrent par des exemples concrets. Attention, ce livre fourmille d’équations, allergiques s’abstenir !!! Cela dit, les illustrations humoristiques peuvent adoucir les réactions, à tenter…
  • Le hasard au quotidien, coïncidences, jeux de hasard, sondages de José Rose
    Essai engagé sur les phénomènes du sondage et de la statistique, « nouvel ersatz de la pensée divinatoire ». Paru en 1993, ce livre reste plus que jamais nécessaire, que ce soit pour décrypter les sondages politiques ou pour analyser objectivement ses propres intuitions. Les explications y sont simples, illustrées d’exemples concrets, et pimentées d’humour, ce qui ne gâche rien !
  • Le hasard aujourd’hui 15 entretiens menés par Emile Noël (France Culture)
    La place du hasard dans la psychologie sociale, la linguistique, la psychanalyse, les arts, les sciences de la vie et de la nature, la philosophie, l’épistémologie et bien sûr les mathématiques  est évoquée ici de manière (relativement !) simple. Le format retranscription d’interviews est inhabituel et permet une lecture vivante. Le découpage en 15 chapitres, 1 sujet, 1 spécialiste (ex : Hasard et génétique des populations, Albert Jacquard), permet de plus une lecture sélective dans laquelle chaque lecteur trouvera un intérêt.
  • Instant crucial : les stupéfiants rendez-vous du hasard de Pierre Bellemare
    Avec son inimitable style de conteur, apprécié de tant de fidèles auditeurs, Pierre Bellemare nous raconte ici 75 histoires vraies type « faits divers » dans lesquelles le hasard joue le rôle principal. Certaines vous font sourire, d’autres vous mettent en colère, toutes sont étonnantes. Pourquoi ne pas en choisir une à lire à haute voix au cours d’une animation sur le hasard…
  • Il n’y a pas de hasards, la place des coïncidences dans le roman de notre vie de Robert Hopcke
    À grand renfort d’exemples, l’auteur développe la notion de synchronicité, inventée par Jung. Elle désigne les coïncidences troublantes qui viennent réveiller, voire révéler ce que notre inconscient nous cache parfois. Une réflexion poussée, illustrée et positive dans le domaine très général du « développement personnel ». Extrait choisi : «On se désigne comme unique auteur de son destin, mais il faut bien le chaos inhérent à l’existence même, dans toute son imprévisibilité, pour nous donner à voir l’absurdité de nos illusions de grandeur ! »

 

Hasard et création :

La légende de Protogène contée par Montaigne ou par Pline l’Ancien est sans doute une des premières apparitions du hasard en peinture. N’arrivant pas à reproduire la bouche d’un chien écumant de bave, après de nombreuses tentatives, fou de rage, il attrape une éponge imbibée de couleur et la projette sur la toile. Elle atterrit sur le museau du chien et reproduit l’effet tant recherché par l’artiste. Le hasard réalisa ici ce que ni l’habilité humaine ni l’imitation n’avaient pu réaliser.

Mozart et son jeu de dés musical : ou comment composer des menuets et des contredanses (cent millions de millions d’inédits !!!) en lançant des dés… Tout simplement génial !!! Explications et démonstration ici.

L’art serait-il maîtrise, et le hasard manque de maîtrise ? L’art contemporain a ouvert la porte aux effets aléatoires, et la part du hasard est souvent importante, et assumée.

Le mouvement Dada et l’art génératif : le groupe Dada entendait entreprendre une critique radicale de la civilisation occidentale, proclamant un mépris ravageur face aux valeurs en place, rejetant la logique des Lumières, se jouant de toutes les conventions et contraintes idéologiques, artistiques et politiques considérées comme fausses, se proposant de faire, à l’image du jeune Marx, « la critique implacable de tout ce qui existe », et en particulier de cette rationalité, qui par son application industrielle a doté l’humanité d’un pouvoir de destruction dont toute l’horreur s’est manifesté dans la guerre de 1914-1918… Dada se différenciera par un recours systématique au hasard dans ses productions. A découvrir dans Lampisteries, précédées des Sept manifestes Dada de Tristan Tzara
Voir aussi Dadaïstes et surréalistes (recueil de poèmes), cette anthologie permet de découvrir la poésie dadaïste et surréaliste à travers 6 poètes : T. Tzara, J. Rigaut, G. Ribemont-Dessaignes, A. Breton, B. Péret et R. Crevel.


Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau

Selon les mots mêmes de Queneau dans sa préface, « Ce petit ouvrage permet à tout un chacun de composer à volonté cent mille milliards de sonnets, tous réguliers bien entendu. C’est somme toute une sorte de machine à fabriquer des poèmes, mais en nombre limité ; il est vrai que ce nombre, quoique limité, fournit de la lecture pour près de deux cents millions d’années (en lisant vingt-quatre heures sur vingt-quatre). »

Ce livre de poésie combinatoire, paru en 1961, offre au lecteur un instrument qui lui permet de combiner des vers de façon à composer des poèmes respectant la forme du sonnet : deux quatrains suivis de deux tercets, soit quatorze vers.

Musique aléatoire :

 

  • L’exemple le plus extrême, assimilable à une « démission du compositeur », est la pièce 4’33 (1952) de John Cage, entièrement composée de silence : son exécution réside essentiellement dans les réactions du public, les bruits du dehors… Cage l’utilise d’une façon moins radicale dans une autre de ses œuvres, Aria. La partition est faite de lignes courbes représentant le contour de la mélodie et les timbres de la voix suggérés par le dessin, la texture et la couleur de ces lignes. L’interprète a dix possibilités d’interprétations : la couleur bleu/noir signifie qu’il faut chanter avec un timbre « jazzy », le rouge avec une voix de contralto, les lignes pointillées indiquent la voix parlée, etc. L’interprète a donc une marge de liberté dans l’exécution bien plus importante que pour une œuvre notée traditionnellement.
  • Pierre Boulez, dans sa Troisième sonate pour piano (1957), choisit parmi huit possibilités l’ordre dans lequel il exécute les cinq parties qui constituent l’œuvre, la plus longue (Constellation) devant toujours rester au centre.
  • Boucourechliev présente dans Archipel 4 (1970) des structures musicales « à jouer dans un ordre librement et instantanément choisi au cours de l’exécution. »

 

Informatique musicale : l’aléatoire s’y manifeste en dehors de l’« humain » puisque le compositeur détermine des données qui sont ensuite exécutées par un ordinateur seul.

Ce principe est utilisé par le compositeur Iannis Xenakis dans ses œuvres de musique stochastique. Il programme par exemple la durée moyenne d’une séquence, la densité moyenne des sons, l’instrumentation générale… L’ordinateur « joue » ensuite l’œuvre, devenant une sorte d’interprète indépendant de l’homme créateur ou musicien. Le processus global est prévisible, même si les évènements qui le composent sont aléatoires. Par cette philosophie de la création, Xenakis essaie de se rapprocher des phénomènes biologiques et des événements du monde vivant.


Dada voulait faire du hasard un outil de rup¬ture et de refus, tandis que l’art génératif le voit comme une manière d’explorer un nouvel univers et de générer des formes nouvelles, en phase avec l’imaginaire dominant du monde contemporain.

Deux significations du hasard, révélatrices des époques dans lesquelles chacune s’inscrit.

Et nous, aujourd’hui, dans notre société de plus en plus contrôlée - calories, décibels, vidéosurveillance, big data…- quelle place sommes-nous prêts à laisser au hasard ?