Quand le volatile se prend pour Bernard Pivot (5)

Cet été, le volatile chausse ses lunettes et se prend pour Bernard Pivot, son idole. Tous les mercredis depuis 5 semaines, il vous fait découvrir un célèbre incipit (début d'un texte) tout en affûtant votre œil autant que votre cervelle. Pour ce dernier round de l'été, et avant de partir sur une jolie île méditerranéenne, le volatile vous propose de retrouver les 9 fautes qu'il a malicieusement glissées dans le début d'un roman qui lui a été chaudement recommandé. Ce sont donc avec les premières lignes du texte "Le liseur du 6h27" de Jean-Paul Didierlaurent (ed Au Diable Vauvert) que vous allez jouer.

Quelques précisions 
1-Nous avons reproduit ici le premier chapitre. Le texte étant assez long, le volatile a eu la bonne idée de ne pas toucher au dernier paragraphe.
2- 
Et bien que la graphie correcte soit "bec-de-lièvre", l'auteur a préféré l'écrire sans traits d'union.

 

Voici le texte :

"Certains naissent sourds, muets ou aveugles. D'autres poussent leur premier cri affublé d'un strabisme disgracieux, d'un bec de lièvre ou d'une vilaine tâche de vin au milieu de la figure. Il arrive que d'autres encore viennent au monde avec un pied bot, voir un membre déjà mort avant même d'avoir vécu. Guylain Vignolles, lui, était entré dans la vie avec pour tout fardeau la contrepèterie malheureuse qu'offrait le mariage de son patronyme avec son prénom: Vilain Guignol, un mauvais jeu de mots qui avait retenti à ses oreilles dés ses premiers pas dans l'existence pour ne plus le quitter.

Ses parents avaient ignoré les prénoms du calendrier des Postes de cette année 1976 pour porter leur choix sur ce « Guylain » venu de nulle part, sans même penser un seul instant aux conséquences désastreuses de leur acte. Étonnamment et bien que la curiosité fût souvent forte, il n'avait jamais osé demander le pourquoi de ce choix. Peur de mettre dans l'embarras peut-être. Peur aussi sûrement que la banalité de la réponse ne le laissât sur sa faim. Il se plaisait parfois à imaginer ce qu'aurait pu être sa vie si il s'était prénommé Lucas, Xavier ou Hugo. Même un Ghislain aurait suffi à son bonheur. Ghislain Vignolles, un vrai nom dans lequel il aurait pu se construire, le corps et l'esprit biens à l'abri derrière quatre syllabes inoffensives. Au lieu de cela, il lui avait fallu traverser son enfance avec, accroché à ses basques, la contrepèterie assassine: Vilain Guignol. En trente-six ans d'existence, il avait fini par apprendre à se faire oublier, à devenir invisible pour ne plus déclencher les rires et les railleries qui ne manquaient pas de fuser dès lors qu'on l'avait repéré. N'être ni beau, ni laid, ni gros, ni maigre. Juste une vague silhouette entraperçue en bordure du champ de vision. Se fondre dans le paysage jusqu'à se renier soi-même pour rester un ailleurs jamais visité. Pendant toutes ces années, Guylain Vignolles avait passé son temps à ne plus exister tout simplement, sauf ici, sur ce quai de gare sinistre qu'il foulait tous les matins de la semaine.
Tous les jours à la même heure, il y attendait son RER, les deux pieds posés sur la ligne blanche qui délimitait la zone à ne pas franchir au risque de tomber sur la voix. Cette ligne insignifiante traçait sur le béton possédait l'étrange faculté de l'apaiser. Ici, les odeurs de charnier qui flottaient perpétuellement dans sa tête s'évaporaient comme par magie. Et pendant les quelques minutes qui le séparaient de l'arrivée de la rame, il la piétinait comme pour se fondre en elle, bien conscient qu'il ne s'agissait là que d'un sursis illusoire, que le seul moyen de fuir la barbarie qui l'attendait là-bas, derrière l'horizon, aurait été de quitter cette ligne sur laquelle il se dandinait bêtement d'un pied sur l'autre et de rentrer chez lui.
Oui, il aurait suffi de renoncer, tout simplement, de retrouver son lit et de se lover dans l'empreinte encore tiède que son corps avait laissé pendant la nuit. Dormir pour fuir. Mais au final, le jeune homme se résignait toujours à rester sur la ligne blanche, à écouter la petite foule des habitués s'agglutiner derrière lui tandis que les regards se déposaient sur sa nuque en une légère brûlure qui venait lui rappeler qu'il était encore vivant. Au fil des ans, les autres usagers avaient fini par faire preuve envers lui de ce genre de respect indulgent que l'on réserve aux doux dingues. Guylain était une respiration qui, durant les vingt minutes que durait le voyage, les arrachait pour un temps à la monotonie des Jours.
"

Le liseur du 6h27 de Jean-Paul Didierlaurent (ed Au Diable Vauvert)

A gagner : une photo dédicacée du volatile (si, si) ainsi que de bien beaux marque-pages de votre portail culturel préféré… et surtout la gloire d’avoir relevé le défi de notre Bernard Pivot à plumes !

Le volatile vous propose une épreuve subsidiaire pour vous départager : il s'agira de créer un court texte, un bref poème ou un collage amusant mettant en scène Petrichor Aplumes (le vrai nom du volatile).
Vous avez des idées ? On attend votre participation avant le mercredi 3 septembre
 ! Un jury composé du volatile et de son double humain ainsi que d'autres bibliothécaires (s'ils acceptent de discuter avec un oiseau aussi imaginaire que génial) élira la ou les meilleure(s) contribution(s).
Proclamation des résultats le mercredi 10 !

Z'attendez quoi pour envoyer vos réponses à webmasterbda@cg11.fr ?? (pensez à m'envoyer vos adresses postales si vous voulez récupérer vos gains !)

Retrouvez tous les jeux et la liste des gagnants sur cette page !

Et pour ceux qui aiment jouer avec les mots, retrouvez d'autres astuces du volatile sur la page d'accueil de la rubrique Livre et Médias

A vos plumes !