Quand le volatile se prend pour Bernard Pivot (3)

Cet été, le volatile chausse ses lunettes et se prend pour Bernard Pivot, son idole. Il vous fera découvrir tous les mercredis jusqu'à fin août, un célèbre incipit (début d'un texte) tout en affûtant votre œil autant que votre cervelle. Pour son troisième round, le volatile vous propose de retrouver les 7 fautes qu'il a malicieusement glissées dans le début d'un de ses romans préférés. Mais au fait, de quelle œuvre s'agit-il ? (sans tricher ! le volatile sait quand vous trichez)

Quelques petites précisions :
- le troisième paragraphe, de "L'allée n'était plus qu'un ruban..." à "... atteignaient des hauteurs monstrueuses." , est garanti 100% sans erreur ! Pas la peine d'y chercher des fautes, vous perdriez de l'énergie pour rien !
- le narrateur est une femme
- dans le cas où vous auriez envie de rajouter ou d'enlever un "s" à un verbe pour transformer un passé simple en imparfait, ou l'inverse, passez votre chemin. Le texte étant assez complexe à ce niveau-là, nous avons décidé de ne pas en rajouter inutilement !

 

Voici le texte : 

"J’ai rêvé l’autre nuit que je retournais à Manderley. J’étais debout près de la grille devant la grande allée, mais l’entrée m’était interdite, la grille fermée par une chaîne et un cadenas. J’appellai le concierge et personne ne répondit ; en regardant à travers les barreaux rouillés, je vis que la loge était vide.

Aucune fumée ne s’élevait de la cheminée et les petites fenêtres mansardées bâillaient à l’abandon. Puis je me sentis soudain douée de la puissance merveilleuse des rêves et je glissai à travers les barreaux comme un fantôme. L’allée s’étendait devant moi avec sa courbe familière, mais à mesure que j’y avançais, je constatais sa métamorphose : étroite et mal entretenue, ce n’était plus l’allée d’autrefois. Je m’étonnai d’abord, et ce ne fût qu’en inclinant la tête pour éviter une branche basse que je compris ce qui était arrivé. La Nature avait repris son bien, et, à sa manière insidieuse, avait enfoncé dans l’allée ses longs doigts tenaces. Les bois toujours menaçants, même autant passé, avaient fini par triompher. Ils pulullaient, obscurs et sans ordre sur les bords de l’allée. Les hêtres nus aux membres blancs se penchaient les uns vers les autres, mêlant leurs branches en d’étranges embrassements et construisant au-dessus de ma tête une voûte de cathédrale. Et il y avait d’autres arbres encore, des arbres dont je ne me souvenais pas, des chênes rugueux et des ormes torturés qui se pressaient joue à joue avec les bouleaux, jaillissant de la terre en compagnie de buissons monstrueux et de plantes que je ne connaissais pas.

L’allée n’était plus qu’un ruban, une trace de son ancienne existence — le gravier aboli — gagnée par l’herbe, la mousse et des racines d’arbres qui ressemblaient aux serres des oiseaux de proie. Je reconnaissais çà et là, parmi cette jungle, des plantes gracieuses et cultivées, des hydrangéas, dont les fleurs bleues avaient été célèbres. Nulle main ne les disciplinait plus et elles étaient devenues sauvages : leurs rameaux sans fleurs, noirs et laids, atteignaient des hauteurs monstrueuses.

La pauvre piste qui avait été notre allée ondulée et même se perdait par instants, mais reparaissait derrière un arbre abattu ou bien à travers une flaque de boue laissée par les pluies d’hiver. Je ne croyais pas ce chemin si long. Les kilomètres devaient s’être multipliés en même temps que les arbres et ce sentier menait à un labyrinthe, une espèce de brousse cahotique, et non plus à la maison. Mais voici qu’elle m’apparue tout à coup ; les abords en étaient masqués par ces proliférations végétales et lorsque je me trouvai enfin en face d’elle, je m’arrêtai le cœur battant, l’étrange brûlure des larmes derrière les paupières."

A gagner : une photo dédicacée du volatile (si, si) ainsi que de bien beaux marque-pages de votre portail culturel préféré… et surtout la gloire d’avoir relevé le défi de notre Bernard Pivot à plumes !

Z'attendez quoi pour envoyer vos réponses à webmasterbda@cg11.fr ?? N'oubliez pas de mentionner les références du roman si vous avez deviné d'où venait cet extrait.

(pensez à m'envoyer vos adresses postales si vous voulez récupérer vos gains !)

Retrouvez le premier jeu ici et le second  et la liste des gagnants c'est sur cette page !

Et pour ceux qui aiment jouer avec les mots, retrouvez d'autres astuces du volatile sur la page d'accueil de la rubrique Livre et Médias

A vos plumes !