Pérégrinations fluviales

Le road-movie (voir en bas de page le lien vers une sélection sur cette thématique), nous est un genre familier, dont le périple sur les routes est le fil conducteur du scénario ou du roman, mais connaissez-vous les river-movies ou aventures au fil de l’eau ? Non ? Et bien nous non plus, c’est pourquoi nous sommes partis à leur recherche et après quelques vigoureux coups d’avirons et de pagaies, en avons déniché quelques-uns.

EN EUROPE

Commençons par un sympathique roman dans lequel le narrateur, lors d’une croisière sur la Seine, vient à s’intéresser à son aïeul Félix Archimède Pouchet , un des théoriciens de la génération spontanée et adversaire de Louis Pasteur.
Pourquoi les oiseaux meurent de Victor Pouchet — Premier roman. Paru en 2017
"Le narrateur quitte Paris pour rejoindre son village natal, en Normandie, afin de faire la lumière sur un étrange phénomène. Un jour, des oiseaux sont tombés du ciel en grand nombre sans que quiconque s'en inquiète. Entre enquête aviaire  et quête identitaire, il remonte la Seine à bord d'un bateau de croisière". (résumé Electre)
  
Ce grand voyageur et journaliste — déjà évoqué dans une bibliographie sur les robinsonnades  où celui-ci nous livrait alors un beau récit de son « voyage immobile » sur une mystérieuse île de Méditerranée  — nous emmène cette fois-ci en balade sur le Pô, le plus important fleuve d’Italie :
Pô, le roman d'un fleuve de Paolo Rumiz ; traduit de l’italien. Paru en 2014. [bientôt disponible à la BDA !]
"Paolo Rumiz relate son voyage (en bonne compagnie) sur le fleuve italien, à la rencontre des bateliers et des pêcheurs. Suivant le sens du courant, vers le delta et ses plages, il évoque la beauté du silence et les espaces préservés de toute pollution, mais également les régions qui le bordent, peuplées, industrielles et bruyantes". (résumé Electre)
  
Nous ne glougloutons pas là dans un « river-trip » à proprement parler mais dans une sorte de promenade historique du fleuve et de ses abords : voici le roman du Danube — qui, sur 3000 kilomètres, traverse l’Europe d’ouest en est. Claudio Magris nous livre ses réflexions sur l'identité des régions traversées par ce fleuve et de leurs peuples. Il met aussi en lumière nombre d’anecdotes historiques, moult références culturelles — littéraires particulièrement. Un livre beau et puissant :
Danube de Claudio Magris. Traduit de l'italien. Prix du Meilleur livre étranger (essais) en 1990.
"Se présente comme le journal d'un voyage sentimental des sources au delta du grand fleuve, de la Forêt-Noire à la mer Noire, où l'évocation des paysages débouche sur celles d'œuvres littéraires, où l'allusion à des événements tourne à la méditation historique". (résumé Electre)
  
Bien attrayants récits de voyageurs que ceux des éditions Transboréal (collection Sillages). Voici celui de Lodewijk Allaert accompagné de son amie : une aventure de trois mois au raz de l’eau, de Budapest à Istanbul ! Bien plus qu’un simple carnet de voyage : un récit d’écrivain :
Rivages de l'Est, en kayak du Danube au Bosphore de Lodewijk Allaert. 2012 [bientôt disponible à la BDA !]
"Après des voyages à Budapest, en Transylvanie dans les Carpates ou dans les Balkans, L. Allaert part en kayak sur le Danube et relate le périple qu'il a entrepris avec sa compagne jusqu'au delta et à la mer Noire au terme de 2500 kilomètres parcourus en 110 jours."(résumé Electre)
  

Autre Danube (et non pas bleu comme on va le voir sans délai), dans un roman de Jules Verne atypique :
Le Beau Danube jaune 
Ilia Krusch est un paisible pêcheur hongrois qui remporte le concours organisé par la prestigieuse « Ligne danubienne ». Il est ainsi autorisé à suivre le cours du Danube depuis sa source jusqu'à la mer Noire et ne vivra durant son périple que du fruit de sa pêche. Notre placide héros est accompagné par un mystérieux admirateur qu'il a accepté d'embarquer dans son aventure…

Grâce à la découverte des manuscrits originaux de l'œuvre en 1978, il n’a été édité dans sa version originale qu’en 1988 — plus de quatre-vingt ans après la mort de l’auteur !
En 1908, sous le titre Le Pilote du Danube, en est paru une version différente, à la demande de l’éditeur il est remanié dans sa quasi-intégralité par Michel Verne (le fiston de l’auteur).
« C'est le ‘Voyage extraordinaire’ le plus extraordinairement ordinaire qui soit » ou encore : « Un récit taoïste, proche du Bartleby de Melville » affirmait François Angelier il y a quelques mois sur France-culture (à ré-écouter ici) à propos du « Beau Danube jaune » 

  
Si l’on évoque l’humour d’outre-Manche contemporain, peuvent émerger à l’esprit des romanciers tels que Julian Barnes, James Hawes ou encore l’ironique David Lodge par exemple. Plus loin de nous dans le temps : le prolifique Pelham Grenville Woodehouse ou Stephen Leacock (devenu canadien) ; autre exemple fort connu, classique de l'humour anglais est au coeur de notre sujet avec ce roman de Jerome K. Jerome :
Trois hommes dans un bateau (sans parler du chien !)  de Jerome Klapka Jerome ; traduit de l’anglais. Paru en France en 1894.
Georges, William-Samuel Harris et Jérôme — sans oublier Montmorency, le fox-terrier — quittent Londres pour se requinquer et entreprennent un voyage en bateau sur la Tamise.
Disponible aussi en version bilingue (extraits)  à la BDA.
  
Si dans Voyage avec un âne dans les Cévennes  notre écossais d’auteur (accompagné de son ânesse Modestine) relate sa randonnée de 230 kilomètres sur la terre ferme, il est un autre voyage méconnu que Stevenson, alors jeune homme, entreprend un an auparavant à travers la France et la Belgique ; il le relate dans un récit pimenté d'humour froid et fort plaisant à lire :
En canoë sur les rivières du Nord de Robert Louis Stevenson ; traduit de l’anglais.
"Entre 1875, Stevenson descend l'Escaut, la Sambre et l'Oise en canoë. Dans ces contrées, qu’on pourrait considérer comme peu exotiques, il découvre l'âme des campagnes françaises, à travers mille rencontres et aventures. Son récit de voyage est aussi un document sur la France rurale du siècle dernier." (résumé Electre).
  

 

EN AMERIQUE (DU NORD)

Le Mississippi River, ce gigantesque fleuve, Mark Twain (d’ailleurs, savez-vous d’où provient ce pseudonyme ? ), le connaît — ô combien — en tant qu’ancien pilote de steamer , il le raconte dans La Vie sur le Mississippi , récit semi-autobiographique publié quelques années après Les Aventures de Tom Sawyer  (titre décliné ici en livre lu) et les Aventures de Huckleberry Finn.
  
Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain. Première publication en 1884.
Après avoir vécu de nombreuses aventures avec Tom Sawyer, Huckleberry Finn s'est constitué un petit pécule qui attire l'attention de son père, une brute avinée. Huck s'enfuit pour éviter le pire, et son chemin croise celui de Jim, esclave en fuite. Tous deux vont descendre le Mississippi du XIXe siècle et leur histoire est un hymne à la liberté.
Aussi proposé en livre lu .
Retrouvez le Mississippi dans cette évocation musicale d’il y a quelques mois sur ce même site : La route du blues
  
Le roman qui suit évoquera peut-être pour vous le film, au même intitulé, de John Boorman (Oscar 1972 du meilleur film), et vous aurez raison, car il en est une proche adaptation ; « une lecture aussi marquante qu'oppressante » ou encore « thriller intelligent » a-t-on pu le voir quelque part dans la webosphère :
Délivrance  de James Dickey.  Prix Médicis étranger 1971.
"Pour rompre la monotonie de leur existence, quatre hommes de la ville, Lewis, Drew, Bobby et Ed, partent un week-end à la descente d'un torrent en canoë. Toutefois, ils se retrouvent embarqués par le courant et pénètrent dans une forêt inconnue où ils rencontrent des êtres inquiétants : l'expédition se transforme en cauchemar : les quatre amis comprennent vite qu'ils ont pénétré dans un monde où les lois n’ont pas cours. Dès lors, une seule règle demeure : survivre. "(Electre/résumé éditeur)
  
Les tribulations de trois amis·e·s (et d’une urne funéraire) sur le fleuve Sabine dans le sud des États-Unis. Ce thriller est un conte à la fois sombre, humaniste et humoristique :
Les enfants de l'eau noire de Joe Richard Lansdale. 2012.
"East Texas, dans les années 1930, May Linn, 16 ans, qui rêve de devenir une vedette de cinéma, est retrouvée morte dans le fleuve Sabine. Son amie Sue Ellen, accompagnée de Terry et de Jinx, une jeune Noire, décide de l'exhumer, de l'incinérer et d'emporter ses cendres à Hollywood. Dérobant de l'argent, les héros entament une traversée du fleuve, pourchassés par l'oncle Eugene et l'agent Sy. "(résumé Electre)
Très belle critique sur ce blog 
  

 

EN AMERIQUE (DU SUD)

Vous ne serez pas étonnés de retrouver ici, dans cette ambiance un tantinet aventureuse (et aqueuse), une collection de la fin du 18ème siècle, celle des Voyages Extraordinaires qui regroupera l’essentiel de la production romanesque de Jules Verne :
Le superbe Orénoque de Jules Verne
Dans ce roman, qui se déroule au Vénézuéla, l’auteur s’est inspiré du récit authentique d’un certain Jean Chaffanjon .
Cette fois-ci le fleuve est remonté à la recherche d'un père au fil du « Río Orinoco », l'Orénoque. En parallèle, trois géographes se disputent, chacun défendant un cours d'eau différent comme étant le “véritable” Orénoque : l'Atabapo, le Guaviare, enfin l'Orénoque lui-même. (Source Wikipédia)
Disponible en texte intégral sur le site de la Bibliothèque nationale de France  (ou encore en différents formats sur WikiSource ); il ne restera plus qu’à la glisser dans votre tablette — ou mieux, votre liseuse, le cas échéant.
  
Autre roman méconnu de Jules Verne paru (comme le titre précédent) sous forme de feuilleton sur une année dans une revue littéraire destinée à la jeunesse — comme c’était souvent le cas à l’époque :
La Jangada : huit cents lieues sur l'Amazone 
Au XIXe siècle, Joam Garral, exilé depuis vingt ans au Pérou, prépare son retour pour le mariage de son fils au Brésil où il est toujours accusé à tort d'avoir volé des diamants. Il descend avec sa famille l'Amazone à bord d'une petite ville flottante qu'il a fait construire, la Jangada, mais il est capturé après son arrivée au Brésil. Source Electre
Retrouvez aussi ce roman policier et d’aventure en texte intégral  sur WikiSource ou sur le site du québécois Jean-Yves Dupuy

 

EN AFRIQUE

Comment traiter des aventures fluviales sans évoquer cette fameuse longue nouvelle :
Le coeur des ténèbres  de Joseph Conrad ; traduit de l’anglais. Paru en France en 1925 (éditions Gallimard, mais pas dans la collection Fleuve Noir ;-) ).
Le coeur des ténèbres [ou encore traduit : Au cœur des ténèbres comme dans ces Nouvelles complètes  ] relate le voyage de Charles Marlow, un jeune officier de la marine marchande britannique, qui remonte le cours d'un fleuve au coeur de l'Afrique noire. Embauché par une compagnie belge, il doit rétablir des liens commerciaux avec le directeur d'un comptoir situé en plein jungle, Kurtz, très efficace collecteur d'ivoire, mais dont on est sans nouvelles. (Source Wikipédia)
 
Évocation plus ample de ce roman sombre et touffu sur la déshumanisation d’un homme et ses exactions . Ce roman, transposé dans la Guerre du Viêt Nam, donnera le film Apocalypse Now  de Francis F. Coppola (1979) ; cet autre film, L'Aube du monde  , du franco-irakien Abbas Fahdel (2008), voit ce même récit transposé cette fois au sud de l’Irak pendant la Guerre du Golfe. Plurielles sont les déclinaisons de ce roman, que l’on peut, par exemple, retrouver adapté dans ce concert fiction flamboyant de France Culture (2014) . Ce roman est disponible en plusieurs versions imprimées et en deux versions sonores (livres lus) à la BDA.

AILLEURS, SUR UNE AUTRE PLANETE…

Où l’on retrouve Samuel Clemens alias Mark Twain ! (voir plus haut) parmi les innombrables ressuscités de ce roman d’aventure en cinq volumes (ou aussi en intégrale). Comme on peut le lire dans le site Babelio , et qui reflète le sentiment majoritaire des critiques : « malgré quelques longueurs, l'histoire reste passionnante » :

Le Fleuve de l'éternité de Philip José Farmer. Prix Hugo pour le premier tome. Le dernier tome a paru en 1983.
L'ensemble des êtres humains ayant vécu, de tous temps, sur la Terre se réveille, comme dans une résurrection, le long d'un immense fleuve sur une planète inconnue ; telles sont les premières observations : il n'y a pas d'ordre et les époques et les ethnies sont mélangées ; tous ont retrouvé le corps de leurs vingt-cinq ans ; des personnages historiques prennent leur destin en main pour mener une quête du Graal : découvrir, en remontant le fleuve, qui les a amenés ici et pourquoi. . Source Wikipédia (extraits).

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Et si nous quittions ces aventures fluviales par une petite chanson douce (quoique tristounette) ? Extrait du film américain Rivière sans retour  (1954) d’Otto Preminger.

 

Envie de lire des road-movies ? On en a quelques uns à vous proposer dans cette sélection !