Des pandémies et des hommes

Afin de vous effrayer délicieusement cet été nous vous proposons quelques fictions sur le thème de l’épidémie -- et de la science-fiction post-apocalyptique sur le même thème.

Vous avez dit SF postapo ?

Les œuvres d’écrivains font, bien naturellement, la part belle au ressenti de l’époque dans laquelle ils vivent et le thème de la pandémie ressurgit régulièrement sous la plume de certains travailleurs du texte. Il faut reconnaître qu’à ce sujet le genre humain est loin d’avoir été épargné et la mémoire est là qui se crispe dès l’évocation d’une maladie éminemment contagieuse telle que La Grande Peste  (14e siècle) qui a éliminé au moins un tiers de la population dans toute l'Europe occidentale.
Au 15e siècle, la découverte de l’Amérique par les Européens a généré bien des excès et des drames : outre les actes de génocides à leur égard, les habitants du nord comme du sud du continent ont été décimés (accidentellement ou non) par des maladies inconnues par eux, telles que la variole.
Début du 20e siècle, une hécatombe mémorable, La Grippe Espagnole apparaît en 1915 ; elle fut ainsi appelée à cause de son impact considérable à Madrid en 1918 (70 % de la population touchée). Alors qu’en France elle fait 408 000 victimes, il est estimé aujourd’hui que cette grippe a ravagé une population de 80 à 100 millions de personnes dans le monde !
Tout proche de nous dans le temps, les crises de la peste porcine, la grippe H1n1, la grippe aviaire, la fièvre hémorragique déclenchée par le virus Ébola et bien entendu, le SIDA, tout ceci nous rappelle que le danger guette toujours…

Dans le domaine de la fiction contemporaine, évoquons, par exemple, Le rire jaune  (1914) de Pierre Mac Orlan (l’auteur de Le Quai des brumes ), ouvrage humoristique dont le sujet est une épidémie de rire qui ravage le monde (trois mois plus tard, la guerre était déclarée – trop drôle !), Dans Le neuvième jour  (dispo aussi en gros caractères) d’Hervé Bazin, publié en 1994, le monde doit faire face à une « surgrippe » particulièrement virulente ; mais d’où provient-elle véritablement ? Dans ce roman fort documenté, le docteur Alleaume, dans son antre qui évoque un laboratoire P4 , traque le virus et nous explique que même découvert, la duplication d’un vaccin en grande quantité ne peut se faire en un tournemain (tests, fabrication…) -- pendant ce temps les gens meurent et les survivants sont saisis d’une certaine impatience… Disponible aussi en grands caractères .Plus récent, Des chauves-souris, des singes et des hommes (2016) de Paule Constant évoque avec poésie et humour (eh oui !) l’émergence de la maladie déclenchée par le virus Ébola (existe aussi en Livre lu par Marie Christine Barrault).

D’autres fictions sur le thème : Pandemia  (disponible aussi en livre lu) de Franck Thilliez (roman policier, 2015 - forme un diptyque avec Angor). L'épidémie de grippe, dont le foyer est Paris, paralyse peu à peu la France et se propage aux pays voisins. Acte délibéré quand les spécialistes de l'Institut Pasteur tracent le virus chez les oiseaux migrateurs et identifient le même virus que chez les humains : une souche très virulente et surtout capable de passer de l'oiseau à l'homme très rapidement, décuplant son pouvoir nocif. On se dirige droit vers une pandémie si les instigateurs ne sont pas arrêtés. Et cette épidémie de grippe ne semble être que la phase 1, préparatoire à un dessein encore plus dévastateur… - Le roman est complété par une nouvelle inédite - « Une enquête aux ramifications souterraines, y compris le Darknet , et mondiale (Pologne, Brésil) pour s'approcher toujours plus du  plus central des trois derniers cercles de l'Enfer selon Dante dans sa Divine Comédie ... » (Wikipédia).
Le Fléau  de Stephen King (1990) : Une pandémie de grippe créée en laboratoire se répand à travers les États-Unis et détruit la plus grande partie de la population. Les survivants vont alors se scinder en deux camps aux buts diamétralement opposés, reproduisant ainsi la lutte éternelle du Bien contre le Mal. Par le pape du livre d’horreur… Si vous souhaitez plutôt lire la série de douze BD  inspirée de ce titre, libre à vous.
 

À présent, nous nous approchons (avec effroi) de la fiction postapo…

Dans I Am a Legend -- Je suis une légende en français (1954, moult fois réédité), Richard Matheson (autre pape de l’épouvante) relate l’histoire du dernier humain (en fâcheuse posture) ayant échappé au virus incurable qui contraint les hommes à se nourrir de sang… Uniquement disponible en anglais à la BDA
 Un extrait vidéo d’un des trois films inspirés par le roman (2007)

  
La peste écarlate  (1912) est un court roman de Jack London qui nous projette 102 ans plus tard, en… 2013 en Californie où seuls demeurent quelques survivants à cette peste mondiale : on y entend un vieil homme évoquant la vie d’avant (dans des termes déjà incompréhensibles pour ces « sauvageons » de descendants qui se retrouvent, de fait, sans passé ni culture).
Ce livre est tout à fait comparable à cet autre, de Jules Verne, qui évoque dans la nouvelle L’éternel Adam   (1910) la survie de quelques humains (tous les autres ont péri dans l’affaissement de la terre maintenant sous les eaux).
  
Naturalis de Franck Labat. 2013
Pandémies, allergies environnementales foudroyantes, dégénérescence cellulaire, stérilité... La nature a trouvé le moyen d'éliminer le parasite qui gangrène la planète depuis trop longtemps : l'homme. A travers ses rêves prémonitoires et apocalyptiques, Alexandra Rousseau, lycéenne, est le témoin involontaire et impuissant du sombre futur qui attend l'humanité. Prix du jury Femme actuelle 2013.
  
The young world 1  et The young world 2  de Chris Weitz ; traduit de l'anglais (Etats-Unis).  2015, 2016
New York, 20e siècle. Un virus a exterminé toute la population des Etats-Unis. Seuls les adolescents ont été épargnés et survivent sans électricité, sans eau, sans transport ni télécommunications. Des tribus coexistent dans une paix relative. Jefferson, le leader des Washington square, tente de retrouver les origines du mal avec l'aide de Donna dont il est secrètement amoureux.
  
[Série] U4 (4 tomes + 1 recueil de nouvelles).
Le virus U4 a décimé 90% de la population mondiale. Seuls quelques adolescents ont survécu. … Même thème de départ que dans The Young World, donc.
Chaque roman de la série U4 est écrit par un auteur différent et peut se lire indépendamment. En savoir plus ? Rendez-vous comme souvent sur Babelio où des tonnes de critiques vous attendent
  
Anna de Niccolò Ammaniti. Traduit de l'italien. 2016
Sicile, 2020. Quatre ans auparavant, un virus a décimé la population adulte de toute l'Europe. Seuls les enfants sont protégés jusqu'à l'âge de la puberté. Anna se retrouve seule avec Astor, son petit frère de 4 ans. Elle doit affronter des cadavres, des charognards et des chiens errants et affamés pour tenter de trouver des médicaments, des bougies ou des boîtes de conserve. Mais Astor disparaît. Là encore, ce sont les plus jeunes qui sont préservés ! Un roman doux et dramatique à la fois. N. Ammaniti a reçu le prix Strega 2007, pour le roman Comme Dieu le veut.
  
Latium 1  et Latium 2  de Romain Lucazeau. 2016. Premier roman.
Dans un futur lointain, l'espèce humaine a péri à cause d'un mal mystérieux, l'Hécatombe. Il ne reste qu'un peuple d'automates intelligents, métamorphosés en immenses nefs stellaires. Orphelins de leurs créateurs, ils attendent l'invasion d'extraterrestres à laquelle leur programmation les empêche de s'opposer. Grand prix de l’imaginaire 2017 (roman francophone).
  
Les Enfermés de John Scalzi. Traduit de l’anglais (Etats-Unis). 2016
Un virus très contagieux se répand sur la planète, infectant près de la moitié de la population mondiale. Une partie des malades se retrouve enfermée, contrainte de communiquer avec le monde qui l'entoure par l'intermédiaire de machines. Dans le second récit, des témoins de l'épidémie racontent l'apparition des premiers symptômes et ses conséquences sociales. John Calzi a reçu le Prix Hugo 2013 pour Redshirts : au mépris du danger
  

Vongozero  de Yana Vagner. Traduit du russe. 2014
Dans un monde décimé par une pandémie, huit adultes et trois enfants décident de quitter Moscou avant que la ville ne soit envahie par les autres survivants. Sous une neige glaciale, équipés de biens de première nécessité, ils tentent de gagner le lac Vongozero, près de la frontière finlandaise.

… et sa suite : Le Lac de Yana Vagner. 2016
Au terme d'une longue fuite à travers la Russie ravagée par une pandémie, Anna et ses dix compagnons atteignent le but de leur périple : un cabanon sur le lac Vogonzero, à la frontière finlandaise, refuge sûr à l'abri de toute contamination. Ils réapprennent à vivre ensemble malgré les tensions, le froid, le manque de nourriture et d'intimité. Mais la survie est plus difficile encore que la fuite. Vongozero et Le Lac forment, en somme, un unique roman sur la fuite face à l’épidémie et à un environnement hostile (le froid russe et les humains -- qu’ils soient des proches ou des inconnus). Juste et saisissant.

  

Station Eleven d'Emily St. John Mandel. Traduit de l'anglais (Canada). 2016
La civilisation s'est effondrée suite à une pandémie. Vingt ans après, une troupe itinérante propose du Shakespeare aux survivants, symbolisant l'espoir et l'humanité. Mais l’obscurantisme est là tout proche... Bien monté et prenant. La fin laisserait-elle présager une suite - ?

  
Le Système D de Nathan Larson. Américain. 2014
Après une série d'attentats terroristes et une épidémie de grippe, New York est complètement ravagé et la majorité des habitants a fui. C'est dans cet environnement qu'évolue Dewey Decimal, employé de la bibliothèque municipale amnésique et paranoïaque. Le procureur de la ville le charge de retrouver et de supprimer un Ukrainien particulièrement dangereux. Premier roman d'un guitariste, chanteur, compositeur et à présent, romancier. « The Dewey Decimal System » (titre original du roman), ça vous ne vous dit pas quelque chose ? Notre ami Decimal a, il faut le dire, quelques TOC  mais on lui pardonnera tant il est efficace dans la baston (il recevra cependant quelques sérieux coups lui aussi). Il faut dire qu’il n’a pas toute sa mémoire (mais est-ce vraiment la sienne ?). Un livre tonique et sympathique dans un New York sombre baignant dans l’odeur prégnante du plastique. Si vous devenez addict de ce héros, rendez-vous avec son deuxième titre : Le système nerveux .
  
Dans la forêt  de Jean Hegland ; traduit de l’américain. Nouvelle édition 2016
Alors que la société vit dans la peur et que la civilisation s'écroule, Nell et Eva, deux adolescentes, se retrouvent livrées à elles-mêmes dans leur maison perdue dans la forêt, après la disparition de leurs parents. Portées par leur passion respective pour la danse et l'écriture, elles luttent pour survivre et découvrent les richesses de leur milieu naturel. Rude et éthéré. Un très bon premier roman.
   

La Constellation du Chien  de Peter Heller ; traduit de l'anglais (Etats-Unis). Premier roman. 2013
Neuf ans après la fin de toutes choses qui a ravagé la Terre, Hig (plutôt poète et pilote d’un Cessna 182 – avec son toutou Jasper) et Bangley (ancien militaire pragmatique), deux personnages que tout oppose font équipe face aux circonstances hostiles. Hig va accomplir un périple jalonné de dangers et de surprises et rejoindra son camarade (mais il ne revient pas seul…). Un roman « nature writing »  plein d’action et de poésie.


 

 

Et demain (dans la vraie vie) ?

Vous souhaitez ajouter quelques toniques glaçons à votre été lénifiant ? Plongez-donc dans les articles suivants :

La prochaine épidémie mondiale(février 2017)

Et si on recréait la variole juste pour rigoler ? (juillet 2017) 

En guise de  conclusion, permettons-nous d’évoquer Jean Rostand (ici un rien taquin) dans Pensées d'un biologiste : "Ce que tu redoutes n'arrivera pas, il arrivera pire" – une des sources de cet apophtegme fut sans doute la douloureuse surprise causée par la mort de son père, Edmond (auteur de Cyrano de Bergerac ) victime, en 1918, de la… grippe espagnole.

 

Chers survivants, à bientôt (peut-être).