Où l’on trouvera de la robinsonnade (fraîche ou moins fraîche)

Quand le fantastique Mister B est de retour et se la joue Robinson Crusoé, ça donne une sacrée sélection de romans d'aventures ! Prêts à embarquer ?

Peut-être avez-vous lu dans votre jeunesse Vingt mille lieues sous les mers et sa suite, L’île mystérieuse ; peut-être vous rappelez-vous Deux ans de vacances de Jules Verne ou encore le célébrissime Robinson Crusoé accompagnés de leurs charmants dessins en noir & blanc d’alors ?

Savez-vous, d’ailleurs, qu’il a existé un robinson français ? Il s’appelait François Leguat et a séjourné, malgré lui, un an avec ses compagnons à Rodrigues, dans l’océan Indien et à bien d’autres endroits – non sans souffrances. On peut même avoir accès à son récit datant de 1708 et dont les pages ont été numérisées sur le site Gallica de la Bibliothèque Nationale de France : Voyage et avantures de François Leguat, & de fes compagnons en deux isles désertes des Indes orientales. Avec la relation des chofes les plus remarquables qu’ils ont obfervées dans l’ifle Maurice à Batavia, au Cap de Bonne-Espérance, dans l’ifle St.-Hélène et en d’autres endroits de leur route  : comme on peut en avoir un aperçu dans ce titre luxuriant, on y rencontrera plein de « s » en forme de « f » (qui sont en réalités des « s longs », forme 
ancienne de la lettre « s » minuscule, a-t-on appris) et si d’aventure vous cheminez plus avant et plongez dans la chair du texte -- serait-ce même sans prononcer un mot – sans doute aurez-vous la prime impression de vous immerger dans ce récit une éponge mollement maintenue entre vos maxillaires : si vous passez ce cap, dit « de marshmallow », d’affreux délices mêlés de joies et de compassion vous accompagneront tout au long de la lecture).

 

Voici d’autres propositions de lectures de robinsonnades fictives ou réelles :

(Note : en cliquant sur la couverture de l’ouvrage, ou son titre,  vous aurez accès à son résumé)

Crashés !

  • Sa Majesté des Mouches de William Golding. Un classique de la littérature jeunesse : des écoliers petits et grands vont devoir cohabiter sur une île déserte. Un court roman sombre et prenant.
  •  Histoire sans héros et sa suite Vingt ans après de Van Hamme (illustré par Dany). Le crash s’est produit dans la jungle : difficile de cohabiter dans la survie ! Où les héros ne sont pas forcément ceux auxquels on pensait... « Les rapports de force, coups de gueule, tensions et vacheries sont nombreux dans ce récit palpitant où Dany livre probablement ses plus belles planches réalistes, avec des filles très sexy et des mecs vils. Un huis-clos étouffant et ébouriffant d'habileté. » peut-on lire sur le site CoinBD. En voilà une critique apologétique ! Nous partageons sa satisfaction.
  • Prisonnier du paradis d’Arto Paasilinna. Pour cet écrivain finlandais rien n’est grave ni sérieux, même un amerrissage forcé ! Œuvre de « jeunesse » (écrit en 1974), Prisonniers du paradis est un roman distrayant mais quelques tons au-dessous du Lièvre de Vatanen ou encore de La forêt des renards pendus, sans doute ses titres les plus connus.
  • Sous la lune et les étoiles de Fred Uhlman. Quatre personnes sur une île déserte : comment cohabiter ? Un roman plaisant mais sans la force du fameux L’ami retrouvé du même auteur.
  • Robinson de Muriel Spark. Paru dans son édition originale en 1958. Deuxième fiction de cette écossaise qui nous a quittés il y a quelques années. Les critiques sont partagées sur ce roman où les naufragés aériens rencontrent un Robinson hospitalier et cultivé sur son île. Celui-ci, un jour, disparaît : retrouvera-t-on notre Robinson alors que ses vêtements, épars, tachés de sang, jonchent le sol sur le chemin du volcan ?

 

 

Naufragé(s), abandonné(s) !

  •  Ce qu'il advint du sauvage blanc de François Garde. Récupéré dix-sept ans plus tard sur une île où le bateau a levé l’ancre sans crier gare, notre héros doit apprendre à redevenir un occidental. « Ecrit dans un style fluide, Ce qu'il advint du sauvage blanc est une ode rousseauiste moderne, un roman historique autant qu'une fable humaniste, à découvrir d'urgence. » nous propose Les Echos en 2012. Un roman plein de charme qui a reçu le Prix Goncourt du premier roman cette même année. Lisible également en gros caractères.
  •  Vendredi ou les limbes du Pacifique de Michel Tournier. Existe aussi sa déclinaison pour la jeunesse : Vendredi ou la vie sauvage. « Voilà un des textes les plus puissants que j'ai lus. La variation de Michel Tournier sur le thème de la robinsonnade est une réussite. Les accents poétiques et philosophiques du texte sont beaux et offrent de quoi méditer. Voilà un livre que je recommande et la postface de Gilles Deleuze est passionnante! », peut-on lire dans une critique sur Babelio . Un roman paru en 1967. A (re)lire, donc. Trois éditions proposées à la BDA.
  •  L’île de béton de James Graham Ballard. Suite à un excès de vitesse, un riche architecte projette sa voiture hors de la route et devient, semble-t-il, l’unique habitant d’un no man’s land surplombant un échangeur autoroutier. L’île de béton fait partie de la Trilogie de béton (avec Crash et IGH) et « forment [donc] une trilogie politique contre la violence d’une société érigeant en fétiche la modernité », dixit Le Monde des livres en 2014. Délicieusement vintage (à l’époque, dans les années ’70, on levait les vitres à la main, les portières s’ouvraient avec une clef mécanique et les pare-chocs joufflus étaient – grave - chromés). Deux éditions proposées.
  •  Le phare, voyage immobile de Paolo Rumiz. Isolé volontairement pendant un mois dans un phare perché sur un rocher au milieu de la Méditerranée (un kilomètre de long sur deux cents mètres de large), l’auteur nous raconte la nature, les terribles tempêtes, les gardiens (du phare), et le sentiment paradoxal d’être libéré car sans contact possible avec l’extérieur. On se laisse plonger avec délices dans ce récit où l’on ne désire qu’une chose : dénicher cette île (qui existe véritablement) et y vivre la même expérience. Mais quel est son nom et où est-elle précisément située ? Prix Nicolas Bouvier 2015.
  •  L’île de Robert Merle. Bien avant la série Fortune de France, romans historiques qui se déroulent entre le 16e et le 17e siècle et commencée en 1977, R. Merle a commis divers romans à succès dont quelques-uns sur le même thème : celui d’une communauté de survivants ; c’est le cas de Malevil par exemple ou de celui-ci qui s’inspire de la véritable histoire des révoltés du Bounty établis sur l’Île Pitcairn, dans l’océan Pacifique. Avec pour personnages un héros, un rusé marin, et de charmantes tahitiennes (à qui il n’en faut pas toujours conter) et bien d’autres protagonistes. Un bien beau (et long) roman d’aventure sur la cohabitation.
  • Soudain, seuls d’Isabelle Autissier. Un roman sur la vie de couple mise à (très) dure épreuve dans une nature australe aussi belle qu’implacable. Ne vont-ils pas en avoir marre de manger de l’oiseau tous les jours et d’être cernés par les rats ? S’en sortiront-ils ? Soigné, documenté, c’est efficace. Parions que cette attachante personne hors du commun et aux vies multiples obtiendra un jour un prix.
  •  Les naufragés des Auckland, témoignage de François-Edouard Raynal. Vingt mois sur un récif des îles Auckland. C’est en 1866 que paraît ce livre dont s’est inspiré Jules Verne pour son Île mystérieuse. Les naufragés des Auckland peut être lu également en gros caractères. Si vous voulez en savoir plus : rendez-vous sur la page Wikipédia qui lui est consacrée. Nos cinq naufragés (tous de nationalités différentes), attendront en vain des secours. Soudés, ils survivront avec une ingéniosité sans pareille : on dirait du Jules Verne mais pour de vrai !
  • Les naufragés de l’île Tromelin  d’Irène Frain (fiction + une partie documentaire). Même raideur et sévérité des officiers de l’époque que dans « L’île » de R. Merle. Notre bretonne d’auteure est allée jusqu’à se déplacer sur cet îlot d’un kilomètre carré de l’océan Indien à l’accès difficile et nous offre un roman souvent humide et de très belle tenue. Aussi proposé en gros caractères .
    Sur le même sujet : Tromelin : l’île aux esclaves oubliés (documentaire) ; Les esclaves oubliés de Tromelin (bande dessinée pour adultes).
  • Robinson des mers du Sud : six ans sur une île déserte de Tom Neale. Le récit de ce néo-zélandais qui, a plus de cinquante ans, a réalisé son rêve : vivre en solitaire sur une île. Mis bouts à bouts, ses séjours dureront six ans. L’île ? Souvarof, un atoll des îles Cook du nord en Océanie, un îlot de huit cents mètres de long sur trois cents mètres de large où notre naufragé volontaire est fort occupé avec ses animaux, ses plantes et la réparation des dégâts provoqués par les cochons sauvages (dont il faudra bien faire un sort), les bernard-l'ermite et les cyclones, fréquents sous ces latitudes. Un beau témoignage d’un acharné de l’isolement (mais pas pour autant misanthrope) paru en 1966.
  • Un Atoll et un rêve : un an sur une île déserte de Paul Zumbiehl. Récit. En 1982, un couple s’installe dans les Tuamotu sur l’île d’Ahunui, un bout de terre quasi annulaire d’environ 6 km2 et difficilement accessible par la mer. On suit avec plaisir – et un peu d’effroi - les tribulations de ce couple (accompagné de leur chien, croqueur d’antenne à ses heures) qui eux aussi auront à essuyer plusieurs cyclones (et on comprend-là combien ces derniers ne sont point de simples petits bisous zéphyriens).
  • Seul sur Mars d’Andy Weir. D’aucuns ont dû se dire après avoir lu ce livre qu’il ferait une bonne superproduction de cinéma. Ce qui sera le cas (en ce moment en 3D dans les salles obscures). Un roman à la construction efficace, mais où certaines explications techniques dépasseront le lecteur qui en connaît trop peu en physique et en science des sols par exemple ! Le héros, laissé pour mort sur Mars, sera-t-il finalement sauvé ?

 

 

Enclos !

  •  Le mur invisible de Marlen Haushofer. Dans un chalet des Alpes autrichiennes, une femme écrit son journal depuis la survenue subite d’un mur transparent derrière lequel tout est figé. Original, sobre et efficace. Paru en 1963 (curieusement plus de vingt ans plus tard en français). Chouette adaptation cinéma sous le même titre en 2012.
  •  Le village évanoui de Bernard Quiriny. De façon inexpliquée, le village est soudain coupé du monde : comment vont s’organiser les villageois, comment tout cela va-t-il finir ? Un roman plaisant sur le vivre-ensemble (ou plutôt le vivre-avec) et l’obligation de manger local ! A la fin du livre, il est question d’une corde qui rappelle ce court roman, insolite et prenant, intitulé précisément La corde qui, dès la découverte de celle-ci, posée sur le sol et d’une longueur inestimable, déclenchera dans ce paisible village un bouleversement irréversible…
  • Un petit bouquet final : Les naufragés : témoignages chez Omnibus dans lequel vous pourrez vous plonger dans ces récits véridiques ; on y retrouve entre autres : le naufrage de la frégate « L’Utile » à Tromelin par la voix de l’écrivain du bord, les naufragés de la goélette Grafton sur un îlot des Îles Auckland, les oubliés d’une autre goélette, L’Aventure sur l’Île Crozet (Terres Australes) qui, durant dix-sept mois, se sont empiffrés d’œufs d’oiseaux ou autres morceaux choisis d’éléphants de mer…

 

Pour finir, une petite question qui ne mange pas de pain :

Connaissez-vous la différence immédiatement reconnaissable entre ces deux bateaux : la goélette et la frégate ?

Pour ceux qui connaissent la réponse ou qui s’en fichent éperdument : vous pouvez stopper immédiatement la lecture.

Pour ceux qui souhaitent connaître la réponse et qui ne se sont pas entraînés à lire à l’envers : tordez-vous le cou ou opérez une rotation physique de l’écran -- ou encore mieux, informatique (combinaison de touches non dévoilée pour cette action, ce serait pas d’jeu). N’imprimez qu’en cas de ressenti impérieux :