Une histoire de l'opéra : la suite

Nous avions découvert il y a quelques semaines, la naissance de l'opéra. Voici la suite de l'histoire...

L’Italie est morcelée, chaque despote utilise l’art pour asseoir son pouvoir.

Bien que né à Florence, c’est Venise qui devient bientôt le centre de l’opéra.
Après avoir libéré la voix, il s’agit de briller et d’émouvoir.
A l’opéra on veut faire rire et pleurer, le drame historique est mélangé avec les amourettes des valets et des domestiques.
Trois ingrédients sont infaillibles pour attirer les foules autrefois comme aujourd’hui : le sexe, la violence et le sarcasme.

Il suffit pour s’en convaincre d’écouter, de voir » Le couronnement de Poppée « de Monteverdi.
Tout y est :la Rome antique pour cadre, la courtisane ambitieuse, un suicide, une répudiation, des valets et nourrices sarcastiques.
Monteverdi, Maître de Chapelle à Saint-Marc de Venise depuis 1613, compose cet opéra en 1642 pour les premiers théâtres d’opéra publics de Venise.

L'Incoronazione di Poppea [Images animées] : Opéra en un prologue et trois actes = [Le couronnement de Poppéel] / Claudio Monteverdi ; Livret de Gian Francesco Busenello

Dans l’opéra vénitien, les chœurs et les ballets sont presque totalement absents, l’orchestre relativement réduit.

Les sujets sont mythologiques, historiques, toujours héroïques.
L’action dramatique progresse dans les récitatifs qui servent à caractériser les personnages mais également dans les airs duos et ensembles. Même chose pour la dimension comique. L’opéra vénitien a toujours gardé un caractère bouffe. L’action théâtrale est entrecoupée d’airs de plus en plus importants et le public prend gout petit à petit à la virtuosité des chanteurs. Le bel canto est né.

Face au débordement de l’opéra vénitien, à Naples, des poètes, vers 1690, décident de réformer « le drama per musica » « drame en musique » afin de ne plus mêler les rires et les larmes, les héros et les bouffons. L’opéra devient plus simple, plus stylisé avec moins de scènes comiques.

C’est l’émergence de « l’opéra séria » »opéra sérieux » dont la construction dramatique et la structure musicale obéissent à des règles stricte. Une ouverture à l’italienne puis des récitatifs (recitativi secci) exposent l’action, et des airs « arias da capo » expriment les sentiments des personnages. La musique occupe la première place, le chant est au premier plan et interrompt l’action pour exprimer une passion. L’action devient presque accessoire même si le texte est mis en valeur.

Orlando [Enregistrement sonore] : ou le délire d'après l'Angelica : Componimento drammatico in due parti /
Nicola Porpora ; Metastasio, Pietro (librettiste) ; Arioste,

Les sujets sont héroïques ou tragiques, empruntés aux grands poèmes épiques : Le Roland furieux de l’Arioste,  La Jérusalem délivrée du Tasse.
L’intrigue a un dénouement moral, la fin est heureuse. C’est le lieu où vont briller les castrats.
C’est dans l’opéra Angelica de Nicola Porpora que débuta Farinelli, le célèbre castrat.

Farinelli : le castrat des lumières / Patrick Barbier

Avec des compositeurs comme Alessandro Scarlatti (1660-1725), considéré comme le maitre de l’opéra napolitain du XVIIIe siècle, Naples va maintenant dominer avec cette forme artistique la plus sophistiquée d’occident.

Griselda [Enregistrement sonore] : Dramma per musica / Alessandro Scarlatti ; Livret d'Apostolo Zeno 

Durant tout le XVIIIe siècle, l’opéra séria contient un mélange de drame, de comédie de farce, également répartis dans chaque acte.

Vers 1700, un librettiste, Apostolo Zeno, sépare les scènes comiques de l’opéra séria, et les place entre les actes.
Ces intermèdes, « l’intermezzo «. vont façonner un peu plus tard « l’opéra buffa » qui va à partir de 1750 prendre un forme indépendante.

Ce genre comique met en scène des personnages de la Commedia dell’arte.
Les sujets sont populaires, sentimentaux et légers, de la vie quotidienne de la bourgeoisie.
La musique est simple et naturelle. Pas de castrat, pas de bel canto mais des chansons, des ensembles et des parodies de l’opéra seria.

Avec des compositeurs comme Pergolèse l’Intermezzo « La serva padrona » va remporter un vif succès à Paris.

La Serva padrona [Enregistrement sonore] : Intermezzi buffi per l'opéra seria in tre atti "Il Prigionier Superbo" / Giovanni Battista Pergolesi ; Livret de Gennaro Antonio Federico

L’opéra buffa du XVIIIe donna l’élan qui ébranla la forme rigide de l’opéra seria .

Que se passent-il dans les pays voisins ?
Les princes font construire des théâtres sur le modèle italien. La noblesse occupe les loges tandis que le peuple envahit le parterre et le « Poulailler ».

L’opéra devient un carrefour social.
Les Castrats italiens, demandés dans toute l’Europe, sont de véritables stars.
L’Europe entière succombe à ce genre qui va régner sur le XVIIIe siècle.

Toute l’Europe ?
Pas tout à fait. Un seul pays résiste aux charmes des castrats, la France !

 

A suivre...