Une histoire d’opéra

L’opéra est une pièce de théâtre chantée et jouée par des solistes, parfois un chœur, accompagnée par un ensemble instrumental ou un orchestre et qui intègre une action scénique, des décors et éventuellement de la danse.. C’est une œuvre collective, qui résulte en premier lieu de l’alliance d’un librettiste, auteur du texte et d’un compositeur. Puis pour ce qui est de la réalisation, d’un metteur en scène, d’un chorégraphe, d’un décorateur, d’un costumier sans oublier évidemment les chanteurs, les musiciens et les danseurs.

Pour George Bernard Shaw, « Un opéra c’est une histoire où un baryton fait tout pour empêcher un ténor de coucher avec une soprano » C’est surtout vrai dans l’opéra italien du 19e siècle  et en particulier ceux de Giuseppe Verdi (1813-1901).
Pour Michel Schneider « L’opéra est sexuel de part en part. La voix définit un rôle dans la scénographie du désir et de l’amour, et les quatre tessitures (basse, contralto, ténor, soprano) inscrivent la scène du complexe d’Oedipe aussi surement que le jeu des familles : le père, la mère, le fils et la fille » C’est vrai dans de nombreux opéras du 19e et 20e siècle, notamment  ceux de Richard Strauss (1864-1949).

L’opéra, art total qui procède de l’union des mots, de la musique et du geste n’a pas toujours existé.

Selon Alain Perroux, dans L’opéra mode d’emploi,  il est né « d’un malentendu. Puis il n’a cessé de courir après sa légitimité».
Denis Morrier,  quant à lui,  affirme dans Les trois visages de Monteverdi qu’il est né de l’œuvre d’un génie «  qui a su mener à leur maturité des innovations techniques et stylistiques dont il n’était pas l’inventeur ».

L'Opéra : mode d'emploi / Alain Perroux ; Avant-scène Opéra, 2000Les trois visages de Monteverdi / Denis Morrier ; Harmonia mundi


L’histoire de l’opéra est intimement liée à l’histoire du théâtre.

Les tragédies grecques associaient déjà le théâtre et le chant, les mots et  la musique.
Au cours des siècles se posera sans cesse la question de la place du texte par rapport à la musique.

Le jeu de Daniel : Drame liturgique médiéval [Enregistrement sonore]

Le Moyen âge a vu se développer des genres musicaux et théâtraux, tels que, aux 11e et 12e siècle, le drame liturgique (adaptation théâtrale des textes sacrés en latin intégralement chantés, ou en langue vulgaire parlés et chantés accompagnés d’instruments, représentés dans les églises tout d’abord puis sur le parvis), au 13e et 14e, le mystère (spectacle, accompagné de musique,  semi-religieux, semi populaire, représenté sur le parvis des églises), la farce, l’intermezzo (pièce musicale instrumentale ou chantée, accompagnée de danse ou de pantomime)

Mais c’est en 1600  en Italie, et plus particulièrement à Florence, puis à Mantoue, que l’esthétique musicale va radicalement changer et donner naissance à l’opéra.

De 1460 à 1620, on est en quête d’un idéal musical .C’est le fantasme de la musique antique.
Pour les humanistes européens, autour de Marsile Ficin (1433-1499) poète et philosophe florentin, l’idéal est de restituer la poésie et la langue antique.
Il ne faut pas oublier que l’Iliade et l’Odyssée d’Homère est un chant .Toute poésie doit être chantée, et le poète chante en s’accompagnant lui-même.

Jacopo Péri, membre de la « Camerata du Comte  Bardi » de  Florence, réfléchissait avec une douzaine d’autres poètes, musiciens, intellectuels florentins sur les manières de retrouver en musique l’idéal de la Grèce Antique.
Il faut retrouver l’intelligibilité des textes par le chant d’une voix qui valorise le poème et permet d’en dégager l’émotion. La voix seule  soutenue par un accompagnement instrumental va  mettre en avant le texte et gagner en expressivité. Auparavant, on cultivait la polyphonie, c’est-à –dire la science d’entremêler les différentes voix. (La musique domine largement le texte)
La pureté de la monodie va s’opposer à la complexité polyphonique des madrigaux de l’époque qui rend les textes incompréhensibles.
De nombreuses œuvres seront créées entre Florence et Rome.
Tout d’abord, spectacle humaniste de cour, l’opéra va se déplacer à  Venise  et se démocratiser  vers 1637 dans les théâtres publics sous la forme de Dramma per musica (drame en musique) et enfin à partir  de1650, il  gagnera  les théâtres européens publics ou privés.

La Favola in musica (fable en musique) est un opéra dont la thématique est mythologique et souvent pastorale.
Le Drama per musica , (drame mis en musique) est fondé sur des sujets héroïques ou tragiques inspirés de l’histoire des héros de l’antiquité parfois de la mythologie grecque. L’Histoire plutôt que la fable, la vraisemblance.

Euridice / Jacopo Peri ; Texte de Ottavio Rinuccini

Le premier opéra qui nous soit parvenu est : l’Euridice , opéra représenté à Florence en 1600 pour le mariage
de Henri IV et de Marie de Médicis .Ecrit sur le  livret du poète Ottavio Rinuccini, la musique a été composé par   Jacopo Peri (1561-1633) . Giulio Caccini (1550-1618) a également composé  sur le même livret.

 

Mais la naissance de l’opéra est généralement attribué à Claudio Monteverdi et associée à deux dates :
- 1607, le premier chef d’œuvre, l’Orféo de Claudio Monteverdi (1567-1643) sur un livret d’Alessandro Striggio (1573-1630) est représenté au palais ducal de Mantoue.
-  le 6 mars 1637, l’ouverture du premier théâtre public payant, accessible par tous le San Cassiano à Venise.

L’Orféo, Favola in musica (Fable en musique) est l’une des premières œuvres de l’histoire de la musique ou l’effectif instrumental souhaité est spécifié par le compositeur .

Cet opéra marque l’aboutissement des recherches personnelles de Monteverdi  (dont on peut suivre l’évolution au travers, entre autre, de ses 5 premiers livres de Madrigaux) et des expériences menées par les créateurs florentins, de l’humanisme renaissant.
Claudio Monteverdi, à la charnière  de la Renaissance et de l'époque baroque, pour qui la musique est au service du texte, place la quête de l’expressivité au centre de ses recherches. Il s'agit « de  mettre en mouvement les passions ». Le chant individuel et le style concertant doivent exprimer les sentiments individuels.  L’art doit être l’imitation de la nature.

Quinto libro de Madrigali [Enregistrement sonore] = [Cinquième livre de madrigaux] / Claudio  Monteverdi. Concerto Italiano ; Rinaldo Alessandrini, dir.L’Orfeo  [Enregistrement sonore] : Favola in musica / Claudio Monteverdi ; Capella antiqua Munchen ; Concentus musicus Wien ; Nikolaus Harnoncourt, Dir.
2 Disques compacts
  
L'Orfeo [Images animées] : Favola in musica / Claudio Monteverdi ; Livret de Alessandro Striggio ; Keenlyside Concerto Vocale ; Collegium Vocale Gent ; René Jacobs, Dir. ; Trisha Brown Company ; Mise en scène et chorégraphie de Trisha Brown
2 DVD
L'Orfeo / Claudio Monteverdi ; livret de Alessandro Striggio ; commentaire musical et littéraire de Denis Morrier ; Avant-scène Opéra, 2002


        Claudio Monteverdi est  le génie  qui a ouvert la voie de la musique moderne.                               A SUIVRE………

Et pour rire un peu...