Les animaux : de l’évolution à la révolution éthique

Pour mettre en lumière les relations homme-animal aux multiples facettes, voici une sélection de documentaires…

Si, au fil des siècles, plusieurs courants de pensée ont fortement marqué la prise de position à l’égard des animaux, il n’en reste pas moins que nos amies les bêtes sont restées longuement dans l’ombre et dépourvues de droits. Dans le monde occidental, Pythagore, Plutarque, Montaigne ou Voltaire, ont en premier lieu pris parti pour eux. En matière de protection animale, il faut attendre le XIXe siècle pour que les premières lois voient le jour, tout d’abord en Angleterre en 1822, alors que la loi Grammont est votée en France en 1850. Et comme pour mieux lui rendre justice, le dernier article du 16 février 2015 de loi 515-14 du code civil, marque une étape supplémentaire et reconnaît l’animal en tant qu’être sensible : « Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité ». C’est à la fin du XXe que les questions d’ordre éthique se multiplient, tandis que le mouvement végane, rejetant tout produit issu de l’exploitation animale, apparaît.

Des origines… Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Quels liens nous unissent ?

La plus belle histoire des animaux de Boris Cyrulnik, Jean-Pierre Digard, Karine-Lou Matignon, Pascal Picq (Seuil, 2002)
La première partie de ce documentaire développée par le préhistorien Pascal Picq, nous transporte dans la nuit des temps avec l’apparition des premières espèces animales. Imaginons leurs formes primitives, puis leur évolution, de la nageoire à la patte. Au fil de ce récit, défilent de la sortie des eaux, reptiles, dinosaures, oiseaux et mammifères. Jean-Pierre Digard, ethnologue, retrace l’histoire de la domestication du loup, ancêtre du chien et les transformations ou mutations entraînées par l’apprivoisement. Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et éthologue, aborde quant à lui, les liens qui unissent hommes et animaux, sauvages ou domestiques.

Sur les épaules de Darwin, sur les épaules des géants 3, Retrouver l'aube de Jean-Claude Ameisen (Les liens qui libèrent, 2014)
Œuvre resplendissante, faisant alterner références littéraires et données extraites des dernières recherches scientifiques, ce récit est issu d’une série d’émissions radiophoniques  Sur les épaules de Darwin de Jean-Claude Ameisen, médecin chercheur.
Il met en avant l’univers dans son ensemble : le ciel et les étoiles, la Terre et le vivant. A travers ce voyage dans le temps, les espèces animales nous éblouissent : les éléphants de la première partie intitulée Les battements du temps, la danse des abeilles dans Je t’offrirai des spectacles admirables ou encore le chant des baleines du troisième volume Retrouver l’Aube.
Avec un flashcode en quatrième de couverture pour accéder aux émissions disponibles sur le site internet.

… aux animaux apprivoisés

La fabuleuse aventure des hommes et des animaux de Boris Cyrulnik, Karine-Lou Matignon, Frédéric Fougéa (Chêne, 2001)
Illustré de documents anciens et contemporains, cet ouvrage met en valeur les liens qui unissent l’homme à l’animal de tout temps et sur les cinq continents. Compagnons des peuples nomades et sédentaires, les animaux cités en exemple se succèdent : éléphants d’Asie, rennes de Mongolie ou lamas des Andes côtoient l’homme sous le signe de l’attachement. Une partie est consacrée à l’animal représenté au cœur des croyances humaines : incarnation des dieux en Inde ou en Egypte, lion-totem d’Afrique ou  allégorie biblique. En dernière partie, communication et complicité entre humains et espèces animales sont analysées : que perçoit le cobra au son de la flûte du charmeur de serpents ? Qu’est-ce qui unit le cormoran aux côtés du pêcheur d’Asie ? … C’est ce à quoi tente de répondre la dernière partie à travers l’étude des comportements.
Histoire des animaux domestiques : XIXe-XXe siècle de Damien Baldin (Seuil, 2014) 
Portrait de Paris au tout début du XIXe siècle : au cœur de cette société humaine, des animaux utilitaires, de compagnie ou d’élevage occupent les lieux… Damien Baldin, anthropologue, retrace la place qu’occupe l’animal domestique, d’élevage ou de compagnie dans les villes et les campagnes. C’est au cours du XIXe siècle, période de profonds changements, que l’idée d’ « animal-machine » introduite par Descartes,  disparaît concrètement au profit de la protection des animaux régie par la loi Grammont de 1850. Ce documentaire fait ainsi renaître le temps des chevaux et cochers parisiens, des campagnes où l’on trait les vaches, les penchants pour les animaux de compagnie : d’abord le chien, le préféré de tous, ensuite l’oiseau, abandonné au XXe siècle… et relayé par le chat. En dehors des liens naturels qui unissent l’homme à l’animal, Damien Baldin, anthropologue, retrace les changements qui s’opèrent à travers l’élaboration et la mise en œuvre de la protection animale.

Entre droits moraux et statut juridique

L’éthique animale de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer (PUF, 2015) 
Un que sais-je ? pour faire le tour de la question… Une approche de l’éthique animale à partir des notions clés, courants, théories et points de vue liés au statut et à la condition animale. Qu’est-ce que le welfarisme et l’abolitionnisme ? Quels sont les représentants de ces courants ? Qu’est-ce qui les distingue ? Des positions de Joel Feinberg sur le droit au bien-être animal, à celles de Tom Regan ou Gary Francione sur l’abolition de l’exploitation animale, cet ouvrage propose l’ensemble des théories relatives aux droits des animaux.
Les animaux aussi ont des droits de Boris Cyrulnik, Elisabeth de Fontenay, Peter Singer (Seuil, 2013) 
Les trois auteurs de ce documentaire abordent les droits des animaux et leurs statuts, à partir d’interviews menées par la journaliste Karine Lou Matignon. Il s’agit d’une œuvre sur le statut des animaux et la condition animale, entre droit légal et droit moral. A travers la partie intitulée « Les animaux libérés », Peter Singer, philosophe australien, retrace l’évolution morale, mettant en lumière l’animal en tant qu’être sensible, tandis qu’Elisabeth de Fontenay lui fait écho à travers « Les animaux considérés ». La dernière partie, « Les animaux révélés », fait appel aux connaissances de l’éthologue Boris Cyrulnik.

Végétarisme et véganisme

Pensées végétariennes de Voltaire (Mille et une nuits, 2014) 
Recueil de textes écrits sous la plume de Voltaire traitant du végétarisme, le philosophe ne mangeant ni viande ni poisson, a été influencé par le Traité de l’abstinence de Porphyre, philosophe néoplatonicien du IIIe siècle traduit du grec au siècle des Lumières. L’auteur, à l’encontre de son prédécesseur Descartes qui ne voyait en l’animal qu’une machine, observe la nature de ses émotions et s’indigne contre l’aveuglement et la barbarie humaine : « Il faut, ce me semble, avoir renoncé à la lumière naturelle, pour oser avancer que les animaux ne sont que des machines. (…) », extrait du Traité sur la tolérance. Entre révolte et compassion à l’égard des animaux, la pensée de Voltaire préfigure les changements de mœurs et de mentalités.

Le végétarisme et ses ennemis : vingt-cinq siècles de débats de Renan Larue (PUF, 2014) 
Ce documentaire de Renan Larue, fait le tour de la question nourrie par plusieurs siècles de débats. L’auteur, docteur en lettres modernes, introduit le sujet avec « La querelle des Anciens » développée au cours du premier chapitre. Viennent ensuite « Le dieu omnivore » et l’anthropocentrisme du Moyen-Age, « La Renaissance végétarienne » amenée par Rousseau et Voltaire, et enfin, « Le mouvement végane », qui voit le jour au XXe siècle, lié à l’essor de l’élevage industriel et en nette augmentation depuis les années 1990.

Bêtes humaines ? : pour une révolution végane, dirigé par Méryl Pinque (Autrement, 2015) 
Plusieurs philosophes ont apporté leur contribution à ce documentaire consacré au mouvement végane, permettant d’en cerner les théories et les idées. Appartenant au mouvement le plus radical de la cause animale, le véganisme exclut toute consommation de produits issus des animaux (viande, poisson, œuf, lait, miel, cuir, laine, soie…). Les raisons principales sont ici invoquées, du refus de considérer l’animal comme une marchandise au devoir de justice, certains sont aussi tentés de lui octroyer le droit de liberté.