Hommage à la Résistance 27 mai 2015

70 ans après la libération du joug nazi, les dépouilles de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay sont transférées au Panthéon ; elles y rejoignent René Cassin et Jean Moulin. En marge de la cérémonie d’hommage de la Nation, une exposition leur est consacrée : "Quatre vies en résistance", visible du 8 mai 2015 au 10 janvier 2016. Quatre figures exemplaires de l’engagement au XXe siècle, quatre itinéraires hors du commun, porteurs d'enseignements pour la nouvelle génération…

Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillon et Jean Zay au Panthéon, Paris, Textuel, 2015, 96 p.

 

Portrait de quatre héros de l’histoire contemporaine, qui réunissent, suivant l’historienne Mona Ozouf : « toutes les formes de courage. Avec ce mot de « courage », précisément, on tient ce que reconnaît spontanément la jeunesse, chez qui n’a pas disparu le don d’admirer. 


Pierre Brossolette 

Les Archives départementales de l’Aude rendent hommage à Pierre Brossolette, qui embarqua à bord d’un canot, sur la plage de Saint-Pierre-la-Mer, pour gagner l’Angleterre et la France Libre un 5 septembre 1942.

Né le 25 juillet 1903 à Paris, ce fils d’un inspecteur de l’enseignement primaire fait de brillantes études et entre premier à l’Ecole normale supérieure en 1922. Agrégé d’histoire en 1925, il effectue son service militaire avant d’embrasser une carrière comme journaliste, à « l’Europe nouvelle », « le Quotidien », « le Progrès civique », « les Primaires », « Notre temps », « Excelsior », « Marianne », « Terre libre » et « le Populaire ». Adhérant à la S.F.I.O. en 1929, il intègre le cabinet du ministre des Colonies. Battu aux élections législatives de 1936, il se voit confier par Léon Blum la rubrique politique étrangère à Radio-PTT, la radio nationale, dont il est licencié pour s’être manifesté contre les accords de Munich en janvier 1939.

Appelé sous les drapeaux en août 1939, il est démobilisé un an après. Il ouvre alors une librairie à Paris. Elle lui sert de couverture pour ses activités clandestines : il intègre en effet le réseau de résistance du Musée de l’homme au début de l’année 1941. Il échappe de peu au démantèlement du réseau. Sous le pseudonyme de « Pedro », il est membre en novembre 1941du réseau de la Confrérie Notre-Dame, dont il devient chef de la section « presse et propagande ». Parallèlement, il s’engage dans les Forces françaises libres (F.F.L.) et travaille pour les services secrets de la France libre : le Bureau central de renseignements et d’action (B.C.R.A.), en liaison avec le S.O.E. britannique. A ce titre, il effectue un premier voyage à Londres en avril 1942 où il rencontre le Général de Gaulle à plusieurs reprises. A son retour en France, il installe sa famille en zone libre et regagne Londres en septembre, via le littoral audois et Gibraltar.

Rapport de gendarmerie, accompagné d’un plan, faisant état de l’arrestation de 3 résistants, 5 septembre 1942. Dans la nuit du 4 au 5 septembre, plusieurs résistants devaient embarquer à Saint-Pierre-la-Mer pour l’Angleterre. Seul le premier voyage effectué par le canot chargé de les emmener sur un navire au large réussit ; Pierre Brossolette, alias Brumaire, en faisait partie (A. D. Aude, 107 W 211)

Monument inauguré en 1952 à Narbonne plage, commémorant l’exfiltration de Pierre Brossolette en septembre 1942, s. d. (A. D. Aude, 42 W 7)

Adjoint au colonel Passy au B.C.R.A., il prend la tête de la section des opérations chargée de faire le lien entre résistance intérieure et extérieure.  Il est de nouveau envoyé en mission par de Gaulle et parachuté en France avec le colonel Passy à la fin du mois de janvier 1943, sous le pseudonyme de « Brumaire ». Ils sont chargés d’unifier les mouvements de résistance de la zone nord et de veiller à séparer renseignements et action militaire. Revenu à Londres en avril 1943, il remplace à trente-huit reprises Robert Schumann au micro de la BBC. En septembre, il effectue une dernière mission en France. Mais son exfiltration par la baie d’Audierne, en Bretagne, échoue le 2 février 1944. Il est arrêté avec son compagnon Emile Bollaert et transféré au siège de la Gestapo à Paris en mars où il est interrogé sous le nom de Paul Boutet. Le 22 mars, il profite d’un instant d’inattention de ses gardiens pour se défenestrer.  Il meurt le soir même des suites de ses blessures, sans avoir parlé.

Il est incinéré le 24 mars au cimetière du Père-Lachaise, où reposaient ses cendres jusqu’à son transfert au Panthéon le 27 mai 2015. 

BROSSOLETTE (Gilberte), Il s'appelait Pierre Brossolette, Paris, Archipel, 2015, 320 p.

La vie et l’engagement du militant socialiste, journaliste et unificateur des résistances françaises. Récit de son épouse, Gilberte.

  

PIKETTY (Guillaume), Pierre Brossolette, héros de la Résistance, Paris, Odile Jacob, 1998, 350 p.

S'appuyant sur de nombreux documents inédits, l’ouvrage montre comment Pierre Brossolette, jeune homme surdoué dans les années 20, journaliste renommé dans les années 30, a pu devenir l'un des cerveaux de la lutte résistante et finir par se suicider, à l'âge de 40 ans, le 22 mars 1944.

  

ROUSSEL (Eric), Pierre Brossolette, Paris, Pluriel, 347 p.

Un portrait du résistant, réalisé à partir de ses papiers personnels et d'archives russes et anglaises. Essai sur sa carrière de journaliste, ses amitiés politiques, ses positions sur la France des années 1930, les mouvements de Résistance auxquels il a participé, etc.

  

Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion

Nièce du général de Gaulle, femme de grande foi et résistante, Geneviève de Gaulle-Anthonioz (1920-2002) est déportée en 1944 au camp de Ravensbrück. Elle consacre plus de trente ans de sa vie à combattre la misère, comme présidente d'ATD Quart Monde et devient la première femme à recevoir le grade de Grand-Croix de la Légion d'honneur en 1997.

De la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale à la lutte pour la régularisation des sans-papiers en 1996, les engagements de l’ethnologue Germaine Tillion (1907-2008) sont nombreux. Fondatrice du réseau du Musée de l'homme puis déportée à Ravensbrück, elle milite par la suite, entre autres combats, contre la torture pendant la guerre d'Algérie et pour l'émancipation de la femme.

 

GAULLE-ANTHONIOZ (Geneviève de), TILLION (Germaine), L'esprit de résistance : les femmes au Panthéon : Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle Anthonioz. Entretiens avec Jean Lacouture et Ludovic Sellier, Paris, La Table ronde-France-Inter-INA, 2015, 300 p.

Retranscription d'entretiens avec les deux grandes figures de la Résistance, originellement diffusés sur France Culture, respectivement en 1997 et 1995.

  

GAULLE-ANTHONIOZ (Geneviève de), TILLION (Germaine), Dialogues. Présentés par Isabelle Anthonioz, Paris, Plon, 2015, 180 p.

Echanges entre ces deux femmes d'exception, résistantes et déportées, qui, toute leur vie, luttèrent pour le devoir de mémoire. Des dialogues où les rires côtoient les silences douloureux. Publié à l'occasion de leur entrée au Panthéon.

  

NEAU-DUFOUR (Frédérique), Geneviève de Gaulle-Anthonioz : l'autre de Gaulle, Paris, Cerf, 2015, 359 p.

Biographie de Geneviève de Gaulle-Anthonioz : ses engagements sans faille, son combat pour la dignité de l'homme et le refus de la misère, considérée comme une insulte à la démocratie.

  

TILLION (Germaine), Fragments de vie, Paris, Points, 2015, 393 p.

Composé aux deux tiers de textes inédits issus de ses archives, le récit de la vie de Germaine Tillion est ici articulé en six séquences, précédées chacune d'une brève présentation : les débuts, ethnologue en Algérie, Résistance et prison, déportation, après le camp, la guerre d'Algérie.

TODOROV (Tzvetan), Germaine Tillion, la pensée en action, Paris, Textuel-INA, 94 p. + 1 CD audio.

Vie et œuvre de Germaine Tillion. L’ouvrage présente également des entretiens sonores, où sont évoqués sa période de formation, ses séjours et missions en Algérie, la déportation et son retour, l'univers concentrationnaire, etc.


Jean Zay

Ministre sous le Front populaire, Jean Zay (1904-1944) connaît un itinéraire dense, fulgurant et tragique. Fondateur du CNRS, du Festival de Cannes et de l’ENA, il réforme et modernise l’école publique, avant de démissionner en 1939 et de s’engager dans l’armée. Cible d'une campagne antisémite, il est condamné à la prison à perpétuité par le régime de Vichy après une parodie de procès pour désertion en 1940 et abattu par des miliciens en 1944. Il est réhabilité en 1945.

LOUBES (Olivier), Jean Zay : l'inconnu de la République, Paris, Armand Colin, 2012, 285 p.

Biographie d'une figure majeure de la Troisième République. Ses origines et sa famille, sa formation et son ascension politique, son œuvre et ses réformes sont ici étudiés, jusqu'à son emprisonnement sous Vichy et son assassinat par la Milice en 1944. 

  

LOUBES (Olivier), Réarmer la République ! : Jean Zay au Panthéon : essai d'histoire tonique, Paris, Demopolis, 2015, 120 p.

Olivier Loubes revient sur le parcours et la pensée de l’homme politique et résistant français, pour souligner son caractère exemplaire. En confrontant ses écrits à l'actualité, il montre en quoi Jean Zay peut apporter un certain nombre de réponses aux défis auxquels la République et le peuple sont aujourd'hui confrontés.

 

Rubrique: