RENCONTRE AVEC DAVID BOSC / RENDEZ-VOUS LITTERAIRE

Date de l'évènement: 
Samedi 07 Décembre 2013
A 16h, à la Maison du Banquet & des générations, abbaye de Lagrasse.

Dans le cadre des Rendez-vous de la librairie, la Maison du Banquet & des générations accueille David Bosc. Ecrivain français né en 1973 à Carcassonne, il vit actuellement à Lausanne où il travaille pour les Éditions Noir sur Blanc. Il est l’auteur de trois romans et de plusieurs essais critiques. Il a également publié plusieurs traductions.

À propos de La Claire Fontaine, présentation de l’éditeur :

L’homme qui venait de franchir la frontière, ce 23 juillet 1873, était un homme mort et la police n’en savait rien. Mort aux menaces, aux chantages, aux manigances. Un homme mort qui allait faire l’amour avant huit jours. En exil en Suisse, Gustave Courbet s’est adonné aux plus grands plaisirs de sa vie : il a peint, il a fait la noce, il s’est baigné dans les rivières et dans les lacs. On s’émerveille de la liberté de ce corps dont le sillage dénoue les ruelles du bourg, de ce gros ventre qui ouvre lentement les eaux, les vallons, les bois. Quand il peignait, Courbet plongeait son visage dans la nature, les yeux, les lèvres, le nez, les deux mains, au risque de s’égarer, au risque surtout d’être ébloui, soulevé, délivré de lui-même.

De quel secret rayonnent les années à La Tour-de-Peilz, sur le bord du Léman, ces quatre années que les spécialistes expédient d’ordinaire en deux phrases sévères : Courbet ne peint plus rien de bon et se tue à force de boire ?

Ce secret, éprouvé au feu de la Commune de Paris, c’est la joie contagieuse de l’homme qui se gouverne lui-même.


Fabienne Pascaud, Télérama, 21 septembre 2013 

Entrer dans une écriture comme on entre dans un tableau. Voir les mots comme des couleurs et le rythme de la phrase, comme   des coups de pinceau. Ou de   couteau. Telle est l’expérience sensuelle et littéraire qu’offre David Bosc. Qu’il conte les dernières années de Gustave Courbet (1819-1877), et on est saisi, d’abord,  par ce style âpre, costaud et paradoxalement travaillé à l’extrême, avec ses mottes de phrases, ses rivières d’images. Tellement que la lecture, parfois, se mérite.   Mais pour apporter on ne sait quelle nouvelle sensation de plénitude face à l’œuvre, mystérieusement comprise et pénétrée.

[...] Sans érudition factice, comme naturellement, David Bosc nous fait cheminer aux côtés du peintre, partager son regard, son oreille, comprendre cette passion de   la réalité qui est tout sauf plat « réalisme », respect des con­ventions, mais au contraire  constante plongée au cœur tumultueux de la vie. Courbet a beaucoup   médité la phrase de son aîné paysagiste Camille Corot : « Il ne faut pas chercher, il faut attendre. » Il a beaucoup attendu, laissé parler le silence, vivre les choses. Goulûment,   fiévreusement, sans regret, en jouisseur. C’est de cet art de l’attente, du silence, de cet amour brutal et exclusif de l’existence que   David Bosc (40 ans et déjà deux romans) nous rend magistralement témoins ici. Et complices. Par-delà ses toiles, par-delà son   œuvre, Courbet continue de nous ouvrir au monde...


Extrait de La Claire Fontaine, p 67 :

Ce que Courbet avait aimé par-dessus tout à la chasse, c’était le bond des bêtes. Et il ne l’a jamais aussi bien rendu qu’en des paysages où nul gibier n’est visible, mais où vibre partout le saut de la bête qui vient de fuir et le museau tremblant, l’oreille dressée dans les épines de celle qui nous voit sans encore être vue. Les heures avant la bête, avant les coups de feu, quand on progresse d’ahan, avec de la neige à mi-cuisses, ne respirant qu’à travers la laine l’air qui brûle. Soudain, le miroir blanc au fessier d’une biche. Un éblouissement. La forme d’un cœur. Le canon est resté à l’épaule, peut-être, mais les heures de marche, d’affût dans le silence, auront  préparé l’œil à saisir en un éclair l’essence du chevreuil qui bondit, sa beauté, sa trajectoire, son souffle. Le bond des bêtes, c’est cette présence non figurée qui occupe, qui habite, qui hante les forêts de Courbet, ces toiles où, constaterait l’huissier, il n’y a ni hommes ni bêtes. Pour peindre un chevreuil tout à fait chevreuil, exhaustif, détaillé, il faut le tuer.

 

 

Livres publiés :

Georges Darien, essai, Sulliver, 1996.

Inde Irae, en guise de préface à Belluaires & Porchers de Léon Bloy, Sulliver 1997.

Ombre portée. Notes sur Louis Aragon et ceux qui l’ont élu, essai, Sulliver, 1999.

Main morte, dans l’ouvrage collectif Le Cadavre bouge encore, éditions Léo Scheer, 2002.

Sang lié, roman, Allia, 2005.

Milo, roman, Allia, 2009.

La Claire Fontaine, roman, Éditions Verdier, 2013, Prix Marcel-Aymé 2013 et Prix Thyde Monnier de la SGDL 2013.

 

 

Entrée libre et gratuite

Renseignements auprès de la Maison du Banquet & des générations

04 68 32 63 89 ou lamaisondubanquet@orange.fr

www.lamaisondubanquet.fr