Photographe bramais Bernard Bouchard

Date de l'évènement: 
Mercredi 08 Février 2017 - Dimanche 05 Mars 2017
Du 21 janvier au 5 mars 2017, Exposition de photographies et d'appareils photographiques de Bernard Bouchard, au Parc des Essars Avenue Georges Clémenceau à Bram

BERNARD BOUCHARD Concept(s)
C’est à un voyage, visuel et mental, en quatre étapes, que nous convie Bernard Bouchard : une fuite dans l’espace jusqu’en Afrique ; une incursion plus personnelle, intérieure et intime ; une balade musicale, en rythme et en douceur ; et pour final, un retour dans le passé, celui de son village natal, Bram, ancré dans son coeur et ses souvenirs.


II est un autre territoire devenu cher à Bernard Bouchard, un ailleurs sur lequel s’ouvre l’exposition : l’Afrique. Après les années passées à la SHFP de Cologne, un établissement fort réputé où il est le seul élève photographe français, il sortira ingénieur et premier de la promotion. Bernard Bouchard, qui doit à présent effectuer son service militaire, choisit la coopération en Côte d’Ivoire. Durant son temps libre, il se promène dans la nature africaine ou dans les rues des villages, découvrant cet environnement dépaysant, si différent de son Lauragais. Il ne se donne aucun but historique ou ethnographique ; il n’a en tête aucun message à délivrer. Il se laisse guider par le hasard des rencontres à l’inattendu du détour d’un chemin, sachant toujours tirer parti de ce qui s’offre à son oeil en éveil. Jamais il ne met en scène, respectant le naturel et l’authentique, bannissant le « pittoresque ». Mais il sait d’instinct et de métier, à la fois, équilibrer les formes, les volumes, donner de la profondeur, jouer des verticales et des obliques. Il aime saisir l’imprévu, capter le geste furtif, l’expression d’un visage, qui ne se répéteront pas. Il faut une technique sans faille dans ces moments-là, il la possède et cependant, simultanément, il se laisse gagner par la dimension poétique, émouvante de son sujet.


Cette technique, cette pureté du geste, cet « oeil », il les a acquis, développés, renforcés au cours de ses années allemandes, qui débutèrent par neuf mois à l’institut Goeth de Munich où il apprit la langue avant de rejoindre l’école de Cologne. Son autoportrait « à la tête coupée », sombre, d’une mélancolie toute baudelairienne, témoigne que ces années d’apprentissage ne furent pas des vacances au long cours. Bram, la famille, étaient bien loin et le restaient car les escapades dans l’Aude étaient du domaine du rêve. Cependant, il vivait sa passion, apprenait vite, engrangeait sans compter, dans les cours, les séances pratiques, mais aussi lors des échanges avec les autres élèves venus d’horizons et de pays divers. En 1966, anticipant les échanges Erasmus, six élèves de Cologne sont échangés avec six élèves de Londres. Devoir commun : les ponts. Récompense établie par les directions des deux écoles : la meilleure des douze séries sera exposée à la Photokina qui n’est rien d’autre que la Foire Mondiale de la Photographie. Il fait si bien qu’il obtint à la fois la meilleure note et une distinction. Bernard Bouchard écarta d’emblée, à l’inverse de la plupart de ses condisciples, l’aspect matériel ou utilitaire du pont. Il s’attacha à sa symbolique, à sa dimension poétique et construisit de photo en photo un récit fictif et allégorique, accompagné d’un texte qui n’a rien d’explicatif, mais ouvre sur le songe et l’imaginaire. Il faut dire que Bernard Bouchard aime les mots, le langage, la littérature et plus particulièrement la littérature policière, avec son corollaire naturel, le film noir. Et cette suite londonienne, dans son noir et blanc, son déroulement tragique, son ultime image, son dernier mot, ne s’apparente-t-elle pas à cette expression littéraire et à ce genre cinématographique ? La photographie intitulée « Dimanche 20 novembre 1960 - 17h » avec le texte qui l’accompagne, ainsi que l’hommage à Saint-Exupéry « l’enfant au réverbère », autre hommage, ici à la B.D. dont il est un collectionneur éclairé, illustre à nouveau combien Bernard Bouchard sait allier naturellement et avec talent les mots et l’image dans son oeuvre. Peut-être récuserait-il ce mot car, lors de nos discussions, il a plusieurs fois affirmé qu’il considérait la photographie comme un art « mineur ». Cet avis, je ne le partage pas et les quelques exemples de cette exposition sur lesquels je viens de m’attarder sont là pour me donner raison. Chacun pourra en juger. Certes, le thème « la photographie est-elle un Art ? » a nourri le débat tout au long du XIXe siècle, de Delacroix à Baudelaire mais, depuis ces échanges, les Nadar, Robuchon, Doisneau, Lartigue, Cartier-Bresson, Cappa - que Bernard Bouchard admire - et d’autres sont passés par là et la question est réglée. Je n’écraserai pas Bernard sous des rapprochements qu’il repousserait. Mais interrogez-vous. N’y a-t-il pas dans l’exposition une ou plusieurs photographies que vous aimeriez emporter et conserver ?


Si la photographie est un art, elle se révèle aussi un excellent moyen de conserver la trace visuelle de l’écoulement du temps comme l’illustrent les deux derniers segments de l’exposition. Comme le dit si bien Bernard Bouchard, « elle joue le rôle de la madeleine de Proust ». La musique fait partie de la vie de Bernard Bouchard. Il a photographié les plus grands de la chanson française - Jacques Brel, Serge Reggiani, Joe Dassin, Charles Aznavour… - nouant toujours un rapport direct et chaleureux avec l’artiste. Il faut toujours une exception qui confirme la règle. Nous ne la tairons pas, c’est Claude François. Mais le coeur battant de sa musique, c’est le rock et surtout la soul et le rythm and blues. Il a rencontré et photographié, parmi d’autres, l’inénarrable Fats Domino, Ray Charles et le fougueux James Brown. Son seul regret est de n’avoir pas immortalisé sur pellicule - car il est déjà immortel - l’irremplaçable et inégalé Otis Redding chantant « Try a little tenderness », un titre qui, par l’énergie et l’émotion dont il déborde, ressemble à l’homme qu’est Bernard Bouchard.


Les ultimes photographies de l’exposition vont voler au secours de la mémoire de chacun d’entre nous.


Doisneau disait de la photographie que « c’était un art funéraire » : à peine l’image est-elle prise qu’elle appartient au passé. Cette observation, empreinte de mélancolie, se teinte cependant d’une lumière, celle que le photographe parvient à arracher au temps qui file, celle de l’âme des gens et des lieux que fixe son objectif. Ce quatrième segment, qui conclut l’exposition, est un hommage de Bernard Bouchard à son père - photographe itinérant dont la zone d’action allait au-delà du Lauragais. Bernard l’accompagnait lors de ses déplacements et c’est à son invitation pressante qu’il reprit sa succession. M. Bouchard photographiait les communions, les mariages, les activités des associations, les élèves des écoles… et c’est tout un monde disparu, effacé, qui ressurgit avec son quotidien qui, à la réflexion et à la vue de ses clichés, n’est pas aussi lointain qu’il semblait être. Dans leurs pérégrinations, ces photographes du passé - Bernard Bouchard a associé d’autres témoignages à ceux de son père - ces témoins humanistes se sont attachés à capter les êtres dans l’éphémère du quotidien, dans leur vérité, avec justesse et exactitude, deux qualités indispensables au photographe et qu’ils possédaient… Devant ces clichés de groupes, ces portraits intimes, on pourrait oublier, au moins l’espace d’un instant, que le temps ne s’est pas arrêté.
Jean Claude Alizé
 

Informations pratiques :
Ouverture au public : le mercredi de 11h00 à 18h00 du jeudi au dimanche de 13h00 à 18h00 / fermé le lundi et mardi

Email : culture@villedebram.fr
Site web : www.villedebram.fr 
Page facebook :  www.facebook.com/essarts.bram.fr