Bodega poétique à la Maison des Mémoires

Le vendredi 24 août à partir de 18h30, la Maison des Mémoires accueillera la Bodega poétique.
Bodega poétique : musique, littérature et anamorphose
Ou quand Bousquet invite Varini
 
Dans le temps festif de la Féria carcassonnaise (23-26 aout 2018), Joë  Bousquet (1897-1950) figure littéraire emblématique du XXème siècle, ouvre le Vendredi 24 aout à partir de 18 H 30 sa demeure à Felice Varini, artiste plasticien contemporain, et Vicente Pradal compositeur interprète contemporain.  Musique, littérature et arts plastiques se côtoient, s’incarnent et perpétuent la tradition dans un espace signifiant : la Maison des Mémoires où Joë Bousquet accueillit en son temps : Paul Valéry, Magritte, André Gide, Simone Weil, Max Ernst … 
 
La chambre aux volets clos de Joë Bousquet attira de nombreux artistes, confirmant combien l’Art était susceptible de multiplier les articulations entre différentes esthétiques et apte à rendre compte des continuités et des ruptures caractérisant différentes visions du monde.
 
Mais, le monde propre à chaque artiste est aussi irréductible et c’est justement là son intérêt que de proposer aux publics un regard particulier sur le monde, une démultiplication des points de vue  ne se limitant pas à une réflexion sur le jugement du goût, ou le plaisir d’une réception passive. Les œuvres d’art sont les objets exemplaires qui nous affectent, sollicitent nos émotions et nous impliquent dans la construction du réel ou dans des visions utopiques du monde.
 
Au-delà des échanges érudits entre artistes, il est question de proposer aux publics des formes d’art s’inscrivant dans une inventivité continuelle, imaginant des croisements inédits, des dialogues neufs susceptibles de créer auprès des spectateurs des interrogations nouvelles sur le monde et sur soi.
 
La rencontre du 24 Aout propose de visiter différents mondes artistiques où les textes prennent des couleurs, les arts plastiques s’échappent du cadre habituel, les mots deviennent matériaux musicaux.
 
 La Maison des Mémoires ouvrira ses espaces à une exposition (vidéos d’Antoine Roux et photos d’André Morin), simple rappel  de l’oeuvre  de Felice Varini,  proposée dans le cadre de la manifestation estivale IN SITU Patrimoine et Art Contemporain et matérialisée sur les murs de la Cité de Carcassonne. Oubliée la toile support de l’œuvre, Varini se donne l’espace architectural pour cadre. Retour à l’illusionnisme, aux effets visuels en lien avec le déplacement du spectateur dont la participation active est requise et lui permet de déam-buler dans l’espace afin de l’explorer de divers points de vue. Il s’agit d’offrir  au spectateur une démarche unique où l’œuvre d’art s’inscrit dans une architecture urbaine et se révèle au gré des déplacements. C’est ainsi que « Cercles Concentriques Excentriques » se donnent à voir dans leur intégralité, se déploient en autant d’échos ou se déconstruisent en multiples fragments discontinus au bon vouloir du spectateur. Les distances sont abolies. Le fond servant de support et le fragment peint sont dissociés. L’artifice est total. Seul le regard permet de s’en délivrer.  
 
La monochromie, l’emploi d’un jaune soutenu en l’occurrence, aide à la compréhension et à la perception de l’ensemble en contrastant avec la minéralité ocrée de la Cité médiévale. Parti pris assumé d’offrir à Felice Varini un support remarquable pour fêter les vingt ans du classement au Patrimoine Mondial de l’UNESCO de la Cité médiévale et proposer aux publics une expérience de perception singulière, faite de vision partielle, de discontinuité jusqu’à ce qu’une vision pleine et entière de cette installation, spectaculaire et éphémère, se révèle enfin.
 
La proposition carcassonnaise s’inscrit dans un itinéraire plus large, un réseau artistique ouvrant sur l’œuvre de onze artistes qui, pour la 7ème édition de IN SITU, apportent un souffle nouveau aux sites patrimoniaux d’exception (www.patrimoineetartcontemporain.com).
 
Au cours de cette même soirée, une autre opportunité artistique sera proposée aux publics de la Maison des Mémoires, il s’agira de la rencontre entre poésie et  musique où comment les mots sont mis en musique dans l’improbable et cependant inévitable rencontre qui voit le texte se convertir en élément sonore.
 
Vicente Pradal, compositeur interprète, donnera un récital avec mise en musique de poèmes de  Federico Garcia Lorca, Pablo Neruda, Miguel Hernandez (1910-1942) et Jean de la Cruz (1542-1591) poète religieux et mystique de la Renaissance espagnole. Ce croisement se révèle particulièrement productif établissant un dialogue riche et fécond entre poème et musique où le texte suggère différentes matières sonores nées du rythme d’une langue. Sans doute s’agit-il de faire entrer dans le langage particulier du texte les exigences et contraintes d’un autre langage à savoir la musique ? Ou comment faire jaillir la musicalité d’un texte ? A moins que la musique ne soit déjà là, sous-jacente au texte ?   
 
Autant d’interrogations auxquelles répondra le concert de Vicente Pradal qui, reprend à son compte la longue tradition de poèmes mis en musique par Fauré, Ravel ou Debussy…
 
La littérature et les échanges qu’elle entretient avec les autres esthétiques ne seront pas absents de ce parcours artistique singulier avec l’exposition consacrée à Joë Bousquet « De la blessure à l’écriture » qui, jusqu’au 27 octobre, donnera à voir au public des lettres, dont certaines inédites, envoyées par Joë Bousquet à ses proches, ses parents, sa sœur Henriette, ou à Marthe « son amour étincelant ». Parcours géographique et chronologique du sous-lieutenant Joë Bousquet blessé le 27 mai 1918 et condamné dès lors à l’immobilité dans la chambre aux vapeurs d’opium de la rue de Verdun. Espace clos certes mais ouvert sur le monde et sur l’Art. Joë Bousquet, conscient tel Sisyphe de sa destinée tragique,  ne notait-il pas dans l’une de ses correspondances : « Je ne connais pas de désespoir que la contemplation d’un tableau de Max Ernst ne réussisse pas à dissiper ».
 
 
 

Pour plus d’information : www.aude.fr  / Culture et patrimoine/ Culture/ Centre Joë Bousquet – Maison des Mémoires 53 rue de Verdun à Carcassonne. Tél : 04 68 72 45 55.