Prix des Arts et des Sciences Joseph Poux

Prix des Arts et des Sciences Joseph Poux. Une aide à la recherche et à la publication.

En 1977, le Conseil général crée le Prix des Arts et des Sciences Joseph Poux : il souhaite ainsi développer la connaissance que nous pouvons avoir du département de l’Aude en encourageant la recherche scientifique et en valorisant ses résultats, notamment en encourageant les publications.

Près de quarante ans plus tard, et en dépit des difficultés que la recherche peut rencontrer dans un monde où la rentabilité et l’efficacité immédiate priment, ce prix est toujours vivant et le Conseil général de l’Aude y accorde toujours la même attention.

Le jury est composé d’élus, de présidents de sociétés savantes, d’universitaires, de chercheurs et de spécialistes, de représentants de l’Education nationale, de personnes de la société civile.

Peuvent concourir à ce prix toutes les personnes qui présentent des travaux sur le département de l’Aude dont on peut apprécier la rigueur scientifique, le caractère novateur et la haute tenue intellectuelle. Il est ouvert à tous les lauréats : autodidactes, enseignants, étudiants, érudits. Il n’y a aucune exclusive, si ce n’est la qualité du travail présenté.

Le prix répond au souci que le Conseil général a toujours eu de mettre en valeur le département de l’Aude, son riche patrimoine mais aussi sa géologie, son histoire, sa géographie, son archéologie.

Reglement_du_prix_Joseph Poux

 

Palmarès 2014

Premier prix 
Monsieur Jean-Louis Escudier

Contribution à l’histoire des rapports économiques de genre. Application à la viticulture française, 1850-2010. Université de Perpignan Via Domiria, thèse de doctorat, 2 vol. (texte : 519 p. ; annexes : 290 p.).

            L’histoire des femmes est un domaine de recherches relativement récent, qui ne s’est véritablement imposé que dans les années 1970. La thèse que Monsieur Jean-Louis Escudier consacre à l’histoire des rapports économiques de genre (dans le domaine de la viticulture) est un travail scientifique en tout point remarquable et contribue largement à renouveler l’approche que nous pouvons avoir du travail féminin et du statut social et économique de la femme dans le milieu agricole.

            S’appuyant sur des sources documentaires de diverses natures (comptabilités d’exploitations viticoles ; archives judiciaires, administratives et syndicales ; publications professionnelles ; témoignages de viticultrices, etc.), M. Escudier s’est efforcé de croiser l’évolution du rapport salarial avec les transformations des rapports économiques de genre. Dans un premier temps (de 1850 à 1914), on assiste à la construction historique de la partition sexuée des tâches viticoles, de l’emploi intermittent et de la rémunération des ouvrières viticoles au demi-salaire des ouvriers. Entre 1914 et 1945, l’instauration d’un enseignement ménager, loin d’être un facteur de formation professionnelle, conduit au repli des femmes sur la sphère domestique ; quant à leur salaire, il reste toujours inférieur de 50 % à celui des hommes. Depuis 1945, la nouvelle norme salariale (salaire féminin à 80 % du salaire masculin), la généralisation des conventions collectives agricoles, l’accès plein et entier  des jeunes filles à l’enseignement technique modifient peu à peu la donne. L’évolution du statut de la viticultrice s’inscrit inévitablement dans l’évolution du corps social.

            En conférant ce prix à Monsieur Jean-Louis Escudier, le Conseil général de l’Aude récompense un ouvrage de grande qualité qui nous permet d’appréhender l’histoire de la viticulture sous un éclairage nouveau mais ouvre également des perspectives bien plus larges, nous invitant à aborder l’étude de notre société sous l’angle des rapports de genre. Souhaitons qu’une publication rapide permette au plus grand nombre d’avoir accès à cette étude. 

 

Deuxième prix ex-aequo 
Monsieur Lucas Fabre

L’entourage des vicomtes Trencavel au XIIe siècle. Université de Toulouse-Jean Jaurès, mémoire de master 2, 2014, 2 vol. dact. (texte : 149 p. ; annexes : 82 p.).

           Les vicomtes Trencavel sont assurément l’un des lignages les plus importants du Midi de la France aux XIe-XIIe siècles. Maîtres des six vicomtés d’Albi, Nîmes, Béziers, Agde, Carcassonne et Razès, ils sont des acteurs majeurs de la politique méridionale jusqu’à la croisade albigeoise qui voit leur chute en 1209. Par l’intermédiaire de leurs vassaux, ils contrôlent un vaste réseau de castra (châteaux), disposant ainsi de pouvoirs étendus (fidélités, services féodaux, justices, etc.). C’est à l’étude de ce réseau que M. Fabre a consacré son mémoire de master 2, choisissant d’analyser les différentes composantes de l’entourage des vicomtes.

Ce mémoire, d’une incontestable qualité scientifique, mérite pleinement le deuxième prix ex aequo qui lui est décerné aujourd’hui. A partir de l’édition qu’Hélène Débax a faite du cartulaire des Trencavel et de ses 585 actes, auxquels se sont rajoutés 430 actes provenant de différents cartulaires dont les vicomtes sont les commanditaires, M. Fabre a fait l’étude prosopographique de l’entourage des vicomtes, constituant une base de données aisément exploitable.

Le travail de recherche intelligemment mené par Monsieur Lucas Fabre nous permet désormais de mieux connaître la composition de ce réseau méridional, constitué surtout de membres de la petite et moyenne aristocratie et caractérisé par l’absence d’ecclésiastiques en son sein. Il était légitime que le Conseil départemental récompense ce mémoire et on ne peut que se réjouir de ce que de jeunes chercheurs fassent progresser, par leurs travaux universitaires, notre connaissance des pays d’Aude.

Deuxième prix ex-aequo 
Madame Julie Grassin-Delyle

Donner corps aux dévotions. Le patrimoine sculpté des églises de Limoux aux XVIIe et XVIIIe siècles. Université de Toulouse-Jean Jaurès, mémoire de master 2, 2014, 3 vol. dact. (texte : 179 p. ; annexes : 113 p. ; pièces justificatives : 115 p.).

            Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, les églises de Limoux connaissent un renouveau architectural et ornemental : elles se dotent alors de superbes retables baroques qui sont l’objet de l’étude de Madame Grassin-Delyle récompensée aujourd’hui par le Conseil départemental.

            Reposant sur une importante recherche documentaire et une analyse détaillée de ce patrimoine sculpté (depuis le commanditaire de l’œuvre jusqu’à l’identification des artistes sollicités), le mémoire de master 2 présenté par Madame Grassin-Delyle est un travail d’une grande qualité scientifique, qui s’intéresse tout autant aux circonstances historiques qui sont à l’origine de ces retables qu’aux pratiques artistiques dont ces œuvres témoignent.

            Réalisés pour la plupart après le concile de Trente (1545-1563) dans un contexte religieux marqué par la réforme de l’Eglise catholique, les retables ont été conçus pour répondre à de nouvelles nécessités liturgiques et éduquer les fidèles. Qu’il s’agisse de donner à voir le corps des saints afin de favoriser la prière et les dévotions ou d’utiliser des matériaux nobles (marbre, ors et dorures) en rapport avec la splendeur et la magnificence divines, tout est mis en œuvre pour glorifier la parole de Dieu et provoquer chez le fidèle l’émotion et le saisissement.

            En conférant à Madame Grassin-Delyle le deuxième prix ex æquo, le Conseil départemental distingue une étude d’un réel mérite qui ne se contente pas de dresser un catalogue raisonné des retables limouxins mais a su mettre en évidence l’originalité et la qualité de la production artistique de ces paroisses rurales, malheureusement trop souvent méconnue.

 

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