Un ouvrage très rare : Le psautier des Capucins de Carcassonne

Dans le courant de l’année 2016, les Archives départementales de l’Aude ont eu la chance de pouvoir faire l’acquisition, par l’intermédiaire d’un marchand avignonnais, d’un ouvrage imprimé très rare : le psautier des Capucins de Carcassonne.

Conservé auparavant dans une collection italienne, ce livre de 408 pages est un très gros volume aux dimensions impressionnantes (61 centimètres de haut, 45 centimètres de large et 13 centimètres d’épaisseur) pour un poids total de 15 kgs. Comme d’autres ouvrages liturgiques de l’Ancien Régime et du XIXème siècle, il est recouvert d’une épaisse reliure de cuir sur ais de bois, renforcée par des coins, des cabochons et une fermeture métalliques, et devait évidemment être placé sur un grand lutrin pour pouvoir être utilisé. Il fournit le texte des différents psaumes, psalmodiés par les clercs lors des différents offices, organisés en deux parties : vêpres et complies et commun des saints. Il est désormais conservé en bibliothèque sous la cote A° 57. 

Sa page de titre, ornée d’une belle gravure représentant la Vierge entourée d’anges et des saints tutélaires de l’Ordre Franciscain (François d’Assise et Antoine de Padoue), fournit son intitulé exact : « Psalterium romanum iuxta breviarium ex decreto sacrocancti concilii tridentini restitutum in duos tomos distributum » (Psautier romain d’après le bréviaire, restitué d’après le décret du saint concile de Trente et distribué en deux tomes) et indique qu’il a été imprimé dans le couvent des Capucins de Carcassonne en 1686. Si la rareté des exemplaires conservés explique que l’ouvrage soit absent de certaines bibliographies (Bibliographie de l’Aude de Sabarthès, 1914) et ait été fort peu décrit, l’histoire de sa fabrication est en revanche bien connue, grâce à la chronique du couvent carcassonnais, publiée partiellement par Alphonse Mahul (Cartulaire…, tome 6, p. 425). En 1682, le frère Augustin, originaire d’Igualada en Catalogne espagnole, proposa au père prieur de procurer des psautiers à la province de Toulouse qui en manquait cruellement. Passé maître dans l’art de l’imprimerie, il réussit à convaincre son supérieur et, surtout, les différents mécènes et bienfaiteurs du couvent qui acceptèrent de financer l’entreprise à hauteur de 30 000 livres environ. Malheureusement, la vente des 400 exemplaires, imprimés au bout de quatre années d’efforts, s’avéra par la suite fort compliquée et très décevante. Les acheteurs potentiels déclinèrent l’offre, seuls quelques volumes trouvèrent preneurs et le couvent fut souvent obligé de rembourser ses créanciers. L’aventure du psautier fit aussi courir de grands risques à la petite communauté conventuelle, qui s’endetta lourdement et frisa la dislocation, et à ses bâtiments, ébranlés par d’incessants travaux, qui manquèrent de peu de disparaître dans un incendie. Ces multiples mésaventures, sanctionnant au final un retentissant échec commercial, inspirèrent d’ailleurs ces lignes, pleines d’amertume, au chroniqueur capucin : « Dieu, par sa miséricorde infinie, veuille nous préserver à ladvenir de chose semblable et nous maintenir dans nostre simplicité et esprit de retraite ». 

 

Rubrique: