Le nouveau recueil d'ostéologie et de Myologie de Jacques Gamelin

À l’occasion de l’exposition consacrée au recueil d’ostéologie et de myologie de Jacques Gamelin présentée par le Musée des beaux-arts de Carcassonne, les Archives départementales de l’Aude ont prêté l’exemplaire de cet ouvrage en leur possession (AD Aude N° 55/1-2).

Le recueil, en deux volumes reliés cuir, vient de la bibliothèque de Léon Nelli, acquise par le département de l’Aude en 1933, et qui compte de nombreux ouvrages et brochures sur la médecine.

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Dans l’atelier qu’il ouvre à Toulouse, Jacques Gamelin se consacre pendant deux ans au traité d’ostéologie et de myologie qu’il souhaite destiné aux « anatomistes et dessinateurs », et dont il dessine l’ensemble des planches à partir de sujets entiers et de dissections qu’il réalise lui-même. Pour l’accompagner dans cette entreprise, il s’entoure des graveurs Jacques Lavalée et François Martin. À la manière des plus grands peintres, tels que Michel-Ange, Léonard de Vinci ou Rembrandt, Gamelin a déployé toute son imagination dans cette ambitieuse entreprise, afin de rendre compte par ses gravures de l’architecture du squelette humain, du jeu de ses articulations et du volume de ses masses musculaires. Éditées en 1779, les deux parties du recueil sont dédiées à son bienfaiteur, le baron de Puymaurin, qui permit notamment au jeune homme d’accéder à l’Académie Royale de peinture de Toulouse et de parfaire son apprentissage à Paris et à Rome.

La première partie consacrée à l’ostéologie, publiée avec simple permission royale, se compose de 67 planches gravées au burin et toutes présentées de la manière suivante : une planche énumérant les os en français et en latin, une planche représentant les dessins au trait fin des os décrits, et enfin une troisième planche qui reprend les mêmes os mais reproduits à l’eau-forte, faisant la part belle aux oppositions entre le noir et le blanc. Pour compléter ce traité d’anatomie et lui donner toute son originalité, Gamelin a ajouté des vignettes à l’eau-forte, représentant des tableaux historiques, des scènes de genre et de conflits, dans lesquels la Mort est omniprésente et les squelettes animés. Spécialiste des peintures de batailles, on peut en retrouver quelques-unes dans le recueil, telle que celle présente en page de titre intitulée Le triomphe de la mort. C’est d’ailleurs par le réalisme que dégagent ces scènes de guerre, que les œuvres de Jacques Gamelin et de Francisco de Goya ont souvent été apparentées.

La deuxième partie porte quant à elle sur la myologie, imprimée cette fois avec Approbation et Privilège du Roi et composée de 55 planches gravées « à la manière du crayon ». Des écorchés sont donc présentés dans différentes postures, accompagnés également de compositions artistiques à l’eau-forte puis de textes explicatifs sur la discipline étudiée. Dans la lignée de la première partie du recueil, Jacques Gamelin utilise les contrastes et les effets de lumière mais cette fois pour mettre en évidence tous les reliefs musculaires, partant de la superficie vers la profondeur, autrement dit de ce que nos yeux voient d’abord et de ce que nous donne progressivement à découvrir la dissection. Si la mort, la maladie et la guerre sont à plusieurs reprises évoquées dans le recueil à travers les compositions artistiques, Gamelin nous distrait aussi des planches d’anatomie en insérant des compositions religieuses. L’artiste a d’ailleurs introduit sa série d’écorchés par une gravure placée en frontispice, représentant Saint-Barthélemy qui, d’après la tradition latine, aurait été écorché vif.

Malgré la beauté de l’œuvre, le succès ne fut pas au rendez-vous. Les attentes des scientifiques concernant l’étude des os et des muscles ne furent pas comblées. Toutefois, il est difficile pour le lecteur d’être insensible à la qualité des gravures, au souci du détail, à la lumière et à la force qui se dégage des corps représentés.

Jacques Gamelin : le recueil d’ostéologie et de myologie, exposition au Musée des Beaux-Arts de Carcassonne, du 21 octobre 2017 au 20 janvier 2018.

Pour en savoir plus :

Azibert (Charles), Jacques Gamelin, 1738-1803 : son œuvre anatomique. Carcassonne, Roudière, 1947, 82 p. (D° 457)

Gamelin, peintre de batailles (1738-1803) : [exposition] Musée des Beaux-Arts de Carcassonne, du 13 juin au 14 septembre 2003, Carcassonne, Musée des Beaux-Arts, 2003, 94 p. (C° 897).

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