Mai 1968 : une page de l’histoire audoise à écrire…

Le 21 mars 1967, à Paris, une soixantaine d’étudiants investit un des pavillons de la cité universitaire réservés aux filles. Le doyen Grappin fait appel aux forces de l’ordre pour évacuer les lieux. L’affaire choque d’autant plus que, depuis le Moyen-Age, le principe de la non intervention de la police dans le périmètre universitaire est respecté.

La contestation étudiante s’amplifie au cours de l’année 1967.

C’est dans ce contexte que l’Université de Nanterre est occupée le 22 mars 1968 par un groupe d’étudiants qui réclame, outre la libération de six d’entre eux arrêtés à la suite d’une manifestation contre la guerre du Vietnam, plus de liberté et de démocratie directe au sein de l’Université.

Le 2 mai l’Université de Nanterre est fermée.

Le 3 mai la Sorbonne est occupée et les cours sont suspendus. Alors que les étudiants acceptent d’évacuer les forces de police interviennent à l’intérieur de l’université à la requête du recteur de l’académie de Paris. La crise universitaire s’intensifie dans les journées qui suivent jusqu’à la première nuit des barricades, du 10 au 11 mai 1968, où le quartier latin s’embrase faisant un bilan de plusieurs centaines de blessés et d’interpellations.

Le 13 mai un mot d’ordre de grève générale est lancé à l’appel des principales organisations, mouvements étudiants et des centrales syndicales « contre la répression policière, pour l’amnistie des manifestants condamnés, contre la politique scolaire et économique du gouvernement ».

[« Chronique des évènements de mai-juin 1968 » Notes et études documentaires n°3722-3723 du 28 septembre 1970. La documentation française Q°2902]

Le mot d’ordre de grève est largement suivi à travers la France et dans les jours qui suivent  les arrêts de travail avec occupation de locaux se multiplient, touchant petit à petit tous les secteurs de la vie économique du pays.  

Le département de l’Aude n’échappe pas au mouvement. Les occupations avec piquets de grève sont légion tant dans le secteur privé que public. Les grévistes sont invités à rédiger leurs revendications.

La journée du 24 mai marque une autre étape dans l’histoire du mouvement. Dans toute la France, des manifestations se déroulent à l’initiative des syndicats ; dans l’Aude les agriculteurs et les viticulteurs se joignent aux mouvements étudiants et aux syndicats ouvriers et enseignants. La journée se termine dans le calme tandis qu’à Paris la manifestation des étudiants et des jeunes travailleurs en faveur de M. Cohn-Bendit (sous le coup d’un arrêté d’expulsion) se prolonge au Quartier latin où les heurts avec les forces de l’ordre sont très violents, le bilan faisant état d’un mort et de centaines de blessés et d’arrestations.

Les archives du cabinet de la préfecture nous livrent, outre les rapports de gendarmerie ou des Renseignements généraux (qui rappelons-le ne seront librement consultables qu’à partir de 2019), une intéressante revue de presse qui relate au jour le jour les évènements survenus dans notre département du 13 mai au 18 juin 1968 (1090 W 29/2).

A partir du 6 juin la reprise du travail est quasi générale. Toutefois la grève continue dans certains secteurs. Dans l’Aude la Fédération de l’éducation nationale et le syndicat national des instituteurs, entre autres, votent la prolongation de la grève.

A Carcassonne, l’école normale d’institutrices est occupée depuis le 20 mai à la suite du mot d’ordre de grève illimité. Le journal rédigé par le comité Liaison-Information nous est parvenu (2 J 958 ). Il relate au jour le jour les travaux des diverses commissions, fait le point sur les revendications ainsi qu’un compte-rendu du congrès des Ecoles normales de Tours des 4 et 5 juin.

Une journée pendant la grève : extrait du journal des élèves de l’Ecole normale de filles de Carcassonne.

Ce document, ainsi que le cahier de revendications des téléphonistes sont les seules archives locales de mai 68 qui ne proviennent pas du canal administratif que représentent les archives de la préfecture ou des sous-préfectures.

L’histoire du mai 68 audois reste à écrire en confrontant archives publiques, archives privées et témoignages de ceux qui ont «fait 68 ».

 

Cette courte mais intense période de notre histoire contemporaine manque de sources historiques au sein des collections des Archives départementales de l’Aude ;  aussi vos dons ou prêts de documents à des fins de numérisation, contribueraient à l’enrichissement et à la valorisation de notre patrimoine commun.

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