Magique !

Nous connaissons la richesse patrimoniale des fonds conservés par les Archives départementales mais moins leur diversité et le caractère insolite de certaines pièces.

Début 2017, les Archives départementales de l’Aude reçoivent en don un ensemble exceptionnel de documents iconographiques, constitué principalement de vues stéréoscopiques sur plaques de verre [1] des zones de front de la guerre de 1914-1918. Ce fonds comporte également des photos de famille, des films éducatifs fixes et des plaques peintes pour lanterne magique. Ces dernières sont particulièrement remarquables par leur état de conservation, la fraîcheur de leurs couleurs et en un mot leur beauté.

Figure 1 : 40 Fi 374 : Appareil pour visualiser les plaques stéréoscopiques et trois boîtes spécimens ayant contenu les plaques stéréoscopiques. s. d. [vers 1914-1918]

Lointain ancêtre des projecteurs de diapositives, la lanterne magique a probablement été inventée au XVIIe siècle. Elle connaît une grande vogue au XVIIIe siècle dans certains milieux aisés [2] mais malheureusement, en raison de la fragilité des supports, peu sont parvenues jusqu’à nous.

A ces débuts elle permet de projeter des images peintes sur des plaques de verres à travers un objectif grossissant, via la lumière d'une chandelle ou d'une lampe à huile ; avec l’évolution des techniques, l’image devient photographique sur verre, puis sur pellicule souple. Permettant de projeter ou d’agrandir des silhouettes, ce procédé se popularise avec l’illustration d’historiettes ou de contes [3] auxquels elle reste intimement associée comme le théâtre de marionnettes [4]. Elle peut donner l’illusion du mouvement grâce à un système de deux plaques superposées –décor et personnages.

La lanterne magique revêt encore aujourd’hui un caractère magique et poétique et suscite l’émerveillement et on comprend aisément l’engouement qu’on eut pour elle au XIXe siècle. Le métier de « montreur de lanterne magique » se développe, exercé le plus souvent par les colporteurs. Dans les années 1850, le Français Auguste Lapierre invente un procédé industriel de production industriel de production, employant une nouvelle technique : la chromolithographie. Les plaques conservées aux Archives départementales (sous la référence 40 Fi) ont été fabriquées par cette maison qui supplante très rapidement ses rivaux par la création de procédé en série et par les faibles coûts de matériaux rendant plus accessibles les produits proposés. Les choix de plaques sont variés et les images inventives.

La Maison Lapierre, dont les produits sont reconnaissables par leur liseré vert, perdure jusque dans les années 1950 avec la production de projecteurs de films 9,5 mm.

Les Maisons Molteni, Mazo et la Bonne Presse, ainsi que Pathé et Gaumont sont également fabricants mais à la fin du XIXe siècle le cinématographe finit par supplanter la lanterne magique, malgré le vif succès du projecteur Pathé-Baby dans les années 1920.

Figure 2 : 40 Fi 65-67   Barbe Bleue, conte (complet), plaques en verre peint couleurs Lapierre 5,5 x 23,5 cm. s. d. [vers 1870]



[1] Ce procédé photographique permettant la restitution du relief est particulièrement emblématique de cette période, durant laquelle il a connu un formidable essor, et mériterait à lui seul un article (Cf. figure 1).

[2] On sait que Voltaire utilisait le procédé de la lanterne magique pour divertir Madame du Châtelet.

[3] Georges Méliès a certainement tiré parti des enseignements des projections et des techniques de lanterne magique dans la production de ces films inspirés des contes de Perrault – dont « Barbe bleue » (Cf. figure 2). On y retrouve les mêmes procédés anciens d’effets « horrifiques ».

[4] La lanterne magique est également utilisée pour illustrer des conférences à vocation pédagogique comme nos « powerpoints » actuels. Elle sert à véhiculer l’information du moment par la diffusion de plaques sur les derniers évènements politiques et sociaux (les dernières années de l’épopée napoléonienne, la colonisation de l’Algérie, etc.).   

 

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