Guerre 1914-1918 : Le livre d’or tenu par l’instituteur de l’école de garçons d’Arzens

Par une circulaire du 18 septembre 1914, Albert Sarraut, ministre de l’Instruction publique, généralise à la France entière une idée du recteur de l’académie de Grenoble, l’historien Charles Petit-Dutaillis, et recommande aux instituteurs et aux institutrices de « tenir note de tous les évènements auxquels ils assistent ».

 Un seul objectif : témoigner et garder trace de la période historique qui s’ouvre avec la déclaration de guerre et la mobilisation. Le ministre « demande de n’accueillir que des renseignements rigoureusement contrôlés… » et conclut : « Nous constituerons ainsi un admirable répertoire d’histoire locale ; l’élan merveilleux qui réunit actuellement tous les Français pourra être décrit aux générations futures d’écoliers avec des exemples précis pris dans leur pays ».
L’instruction ministérielle ne fut sans doute pas suivie d’effet de la même manière dans tous les départements. Dans l’Aude,   si on est loin de couvrir les trois quarts des communes comme en Charente, on dispose désormais d’un corpus de 22 cahiers d’instituteurs sur la période.

Liste des cahiers d’instituteurs audois :

Airoux, 3J 1643
Arzens : 4 E 18/4 H 1
Belvèze-du-Razès : 28 Dv 128
Caudebronde, 2J 929/1-2
Cenne-Monestiès, 28 Dv 10
Conilhac-Corbières, 28 Dv 24
Conques-sur-Orbiel, 1 Mi 135
Coursan, 3J 1643
Homps, 3J 2541/1-2
Labastide-en-Val, 3J 1643
Les Martys, 3J 1643
Limousis, 3J 1643
Loupia, 3J 1643
Mas-Saintes-Puelles, 28 Dv 7
Ouveillan, 3J 1643
Payra-sur-l’Hers, 3J 1643
Pomas, 3J 1643
Puginier : 28 Dv 103
Thézan-des-Corbières, 2J 317
Villarzel-du-Razès, 4E 417/151
Villegly, 3J 1643
Villemoustaussou, 3J 1643

Alors que la circulaire ministérielle recommandait aux instituteurs de rédiger leurs notes sur fiches, les enseignants audois ont écrit sur des cahiers, le plus souvent sur des cahiers d’écoliers. L’instituteur d’Arzens a même fait le choix de témoigner sur un registre de 24 cm sur 23 cm.
Sur les premières pages, l’instituteur a dressé la liste des mobilisés, inscrivant en rouge le sort de ceux qui ont trouvé la mort ou ont été blessés au combat. Puis, sous le titre « La Guerre au jour le jour », l’instituteur relate tous les événements survenus dans la commune dont il a connaissance : avis de décès ou de blessures, réquisitions, évolution des salaires et prix, avis de rationnement, citations militaires ; il transcrit la correspondance reçue ou envoyée par le maire de la commune.
L’instituteur continue à tenir le registre bien au-delà de la fin de la guerre, jusqu’en 1933, consacrant dès lors l’essentiel de ses notes à la situation économique et  à l’état sanitaire de la commune.
Si vous avez connaissance de documents de ce type dans votre commune ou dans vos archives familiales, contactez-nous pour que nous en assurions la numérisation pour les générations futures.

Pour en savoir plus :

            Rémy Cazals, «Travailler pour l’histoire : les notes des instituteurs audois sur la Grande Guerre », dans Travailler à l’arrière 1914-1918. Actes du colloque international organisé à Carcassonne les 23-24 mai 2013 par l’Université Toulouse-Jean Jaurès, les Archives départementales de l’Aude et l’association Les Audois. Carcassonne, Archives départementales de l’Aude, 2014, p. 11-27.

 

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