La gravure dans la littérature et les récits de voyage

L’estampe -image ou texte imprimé par la technique de la gravure- a permis aux auteurs, aux artistes et aux savants de diffuser largement leurs œuvres par sa reproductibilité et son moindre coût relatif.

Gravure et littérature

Dès la fin du XVe siècle en Europe, le livre illustré connaît une expansion exceptionnelle, consécutive au développement de l’imprimerie typographique, à l’organisation en entreprises des ateliers et à la diffusion sans égale des publications. La gravure sur bois est la technique alors privilégiée. Les artistes de la Renaissance, même avec la contrainte d’un texte, y expriment toute leur singularité. Les images occupent peu à peu la totalité de la page, pouvant ainsi être regardées indépendamment de l’écrit.

Les XVIIe et XVIIIe siècles sont marqués par l’essor des livres frontispices. Ces illustrations, placées au regard de la page de titre adoptent une position descriptive, souvent reprise à l’intérieur de l’ouvrage mais sans rapport de rivalité avec le texte. Les vers et la gravure se complètent.

6JJ3/50 : Elégies de Tibulle…suivies des baisers de Jean Second… : tome premier, Tibulle Mirabeau, Honoré-Gabriel Riqueti, trad., An 3 [1794-1795]

6JJ4/307 b : Œuvres de Monsieur de Fontenelle…, Fontenelle, Bernard de, 1758

5JJ5/2 c : Œuvres complètes de mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines… : tome quatrième, Auger, Louis-Simon, éd., 1820. Gravure en frontispice.

La révolution graphique qu’offre la découverte de la lithographie à la fin du XVIIIe siècle encourage les artistes de l’époque à produire pour les livres illustrés. Le rendement des impressions, l’emploi de la couleur et la souplesse de la technique sont en effet attractifs. L’héritage des Lumières et la place prépondérante des intellectuels dans la société s’avèrent également favorables à de fructueuses collaborations : au XIXe siècle, des ouvrages raffinés où textes littéraires côtoient estampes de grands maîtres voient le jour. 

6JJ4/448 a : Emile ou l’éducation : 1ère partie, Rousseau, Jean-Jacques, 1819. Gravure d’Alexandre Manceau.

6JJ4/447 c : Julie ou la Nouvelle Héloïse ou lettres de deux amants… : 3ème partie, Rousseau, Jean-Jacques, 1819. Gravure de Pourvoyeur.

Ainsi la gravure, bien que très vite concurrencée par la photographie, concourt-elle à l’introduction au XXe siècle d’un rapport égalitaire entre l’image et l’écrit.

La pratique de la gravure, ses contraintes techniques et matérielles, ouvrent enfin des perspectives variées aux artistes des XXe et XXIe siècles : nombre sont ceux qui l’utilisent comme terrain d’études et d’explorations stylistiques et iconographiques. Ainsi, la démarche du graveur se rapproche-t-elle de celle de l’écrivain : « […] je découvre dans la gravure, comme dans l’écriture littéraire, une manière d’intimité étroite entre l’ouvrage qui se forme et l’artiste qui s’y applique. La planche (ou bien la pierre) est assez comparable à la page qui se travaille : l’une et l’autre nous font trembler ; l’une et l’autre sont devant nous à la distance de la vision nette ; nous embrassons l’ensemble et le détail dans un même regard : l’esprit, l’œil et la main concentrent leur attente sur cette petite surface où nous jouons notre destin… N’est-ce pas là le comble de l’intimité créatrice que connaissent identiquement le graveur et l’écrivain, chacun attaché à sa table, où il fait comparaître tout ce qu’il sait et tout ce qu’il vaut ? » (Paul Valéry, Pièces sur l’Art, 1933).



10JJ54 : Gravure-poème ou « poème-affiche » du sculpteur, écrivain et poète français Jean-Luc Parant, sixième de la collection Torse, 1974.


Voyages et paysages

Dès le XVIIIe siècle avec les écrits de J - J. Rousseau et notamment « Julie ou la Nouvelle Héloïse », émerge une sensibilité préromantique. Le côté rationnel et scientifique des Lumières laisse place à un regard différent sur les paysages et les sites. On s’intéresse au détail, au petit coin de verdure qui rend l’homme heureux.
A ce goût s’allie celui de préserver sa santé. Impulsée par les Britanniques, cette recherche du soleil et de la douceur du climat pousse une population aisée vers les villes de la France du sud durant la période hivernale.
Avec le XIXe siècle, le goût du voyage s’accentue. La découverte de nouveaux horizons, la recherche de l’exotisme chassent le spleen des romantiques. Les écrivains deviennent voyageurs et publient leurs journaux de voyage. Ces récits, ainsi que l’édition de guides, proposent à tous la découverte d’une France à la fois monumentale et intime. Ainsi, les « Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France » publiés sous la direction du baron Taylor engagent le lecteur à porter un nouveau regard sur son environnement, dans la lignée de Rousseau et du Romantisme naissant.

Saint-Polycarpe : vue de l'abbaye. Gravure. 24 cm x 31,5 cm, XVIIIe s. 1 Fi 176

Cette gravure de l’abbaye de Saint - Polycarpe, datée du XVIIIe siècle mêle dans sa légende le monumental et l’anecdotique. On trouve en légende à la lettre B : galerie ou les religieux fesoient sécher le linge et à la lettre N : grand bassin où les religieux lavoient la lessive.

Vue d'un moulin à foulon pour les draps de Lodève. Gravure noir et blanc, dessin de Génillion, gravure de Aveline. 30 cm x 47 cm, XIXe s. 1 Fi 299

Cette gravure d’un moulin à foulon de draps de Lodève a été réalisée à partir d’un dessin de Jean-Baptiste-François Génillion. Des draps sèchent, étendus sur la façade du moulin ou posés sur des potences de part et d’autre de la tour. Sur la rive du Lergue on voit deux groupes de personnages. Deux jeunes filles, observées par un jeune garçon muni d’une gaffe, étendent un drap. Plus loin deux autres jeunes filles sont en conversation. 

Vue près de Carcassonne (localité non identifiée). Gravure noir et blanc Langlume. 25 cm x 32 cm, XIXe s. 1 Fi 219

Cette lithographie intitulée « Vue près de Carcassonne », sans qu’il soit possible d’identifier le lieu, montre un village baigné par un cours d’eau. Sur la rive une lavandière est en conversation avec un jeune homme assis dans l’herbe, tandis que sur le pont un colporteur quitte le lieu.

L'Aude aux environs de Narbonne. Gravure d'après un dessin de H. Vander-Burch. 24 cm x 33 cm, XIXe s. 1 Fi 395

Cette gravure des environs de Narbonne porte la mention « H. Vander-Burch pinxt et del » : H Vander-Burch peignit (pinxit) et dessina (delineavit). Ce paysagiste lithographe de la première moitié du XIXe siècle est également l’auteur d’un Essai sur la peinture de paysage à l'huile, précédé de la Nouvelle méthode de peinture à l'aquarelle à l'usage des paysagistes et suivi d'une Revue des différentes écoles depuis le 15e siècle jusqu'à nos jours paru en 1839. Cette vue agreste montre deux personnages sur la rive d’un cours d’eau. L’un deux pêche à la ligne tandis que le second, coiffé d’un chapeau, semble tenir un objet. Sur le pont, accoudé au parapet, un personnage les observe.

Fontfroide : le cloître et l'intérieur du cloître. Lithographies de Thierry frères. 34 cm x 51 cm, XIXe s. 1 Fi 164-165

Ces deux vues de Fontfroide dessinées par Adrien Dauzats, représentant le cloître et l’intérieur du cloître sont publiées dans les Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France.  Ce peintre orientaliste de la première moitié du XIXe siècle , également illustrateur et lithographe, rejoint le baron Taylor dans sa grande entreprise et réalise une grande partie des lithographies. La vue de la colonnade du cloître traduit le goût de l’époque pour le Moyen Age souvent fantasmé et l’attrait pour la ruine toujours sublimée. La luxuriance de la végétation y apporte de surcroît une note d’exotisme.

Narbonne : la cathédrale Saint-Just. Gravure noir et blanc. Lithographie de H. Harris. 34 cm x 51cm, XIXe s. 1 Fi 230.
Narbonne : la cathédrale Saint-Just (le portique méridional). Lithographie de Engelmann. 34 cm x 51 cm, 1833. 1 Fi 231.

Ces deux lithographies de Narbonne ont été publiées dans les Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France. Chacune d’elles met en valeur la cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur. Dans la première, la cathédrale domine les maisons qui s’étagent jusqu’à la Robine. Au pied de cet imposant ensemble architectural H. Harris met en scène la vie quotidienne d’une société populaire : un batelier est à quai ; une lavandière, tenant une fillette par la main, passe en costume traditionnel ; sur l’autre rive des passants déambulent.
La seconde vue dessinée par L. Villeneuve et lithographiée par Engelmann montre les vestiges de l’ancien cloître des chanoines construit au XIVe siècle et qui au XIXe siècle a totalement perdu sa fonction. Deux fidèles se dirigent vers l’édifice tandis qu’une mère portant son enfant traverse la cour ombragée par de grands arbres.

Fontfroide : l'intérieur de l'église de l'abbaye. Gravure noir et blanc de L. Haghe. 31,5 cm x 49,5 cm, 1838. 1 Fi 293

Dans cette gravure de Louis Hague et William Day, l’abbatiale de Fontfroide apparaît dans un grand état d’abandon. Les baies sont détruites, les vitraux brisés et le mobilier réduit à quelques prie-Dieu. Les fidèles présents semblent presque écrasés par les dimensions du lieu. Là encore l’intime côtoie le caractère monumental.

Castelnaudary : vue de la ville. Gravure d'Ambroise Tardieu. 22,5 cm x 42,5 cm, fin XIXe s. 1 Fi 171

Cette gravure de Tardieu montre une embarcation halée sur le grand bassin de Castelnaudary. Ce port du Canal du Midi, construit entre 1666 et 1671, s’étend sur plus de 7 hectares. Souvent balayé par le vent d'autan, il était sujet à de fortes houles qui pouvaient provoquer la noyade des chevaux de halage. Pour remédier à ces dangers l'île de la Cybèle, une île «coupe-vent», fut aménagée côté ouest. Le rideau d’arbres de l’île est visible à gauche sur la gravure. A l’opposé on distingue cinq moulins à vent, tandis qu’au premier plan, une embarcation est halée par deux chevaux.

 

Mais aussi :

Jusqu’au 17 janvier prochain,  le Petit Palais présente une exposition dédiée à l’estampe fantastique du XIXe siècle.

http://www.petitpalais.paris.fr/fr/expositions/fantastique-lestampe-visionnaire-de-goya-a-redon

Et bien sûr:

http://www.montolieu-livre.fr/le-musee
http://www.montolieu-livre.fr/

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