Le cadastre par masses de cultures

Un document à exploiter : le plan par masses de cultures

L’inventaire détaillé des plans par masses de cultures (sous-série 3P) est aujourd’hui même mis à votre disposition à la page suivante http://audealaculture.fr/archives/guides-recherches-inventaires-ligne.

Découvrez cette source inexploitée d’informations, outil unique dans l’histoire du cadastre et du recensement  des terroirs. Conçu dans l’esprit de simplification fiscale de la Révolution,  le cadastre par masses de cultures identifie et localise « les masses des différentes natures de cultures » circonscrites par des limites naturelles. Sur les plans réalisés se juxtaposent de grands polygones de couleurs correspondant aux zones de terres labourables, vignes, prés ou bois, dans une perspective globale, ne tenant pas compte du parcellaire.

Créé le 3 novembre 1802 par arrêté,  ce cadastre est  exécuté dans 1800 communes réparties sur l'ensemble du territoire (2 communes au moins par arrondissement, 8 au plus) et désignées par le sort. Finalement, ce furent 1915 communes qui furent cadastrées en France, les résultats de ces travaux devant être étendus au reste des communes par un principe d’analogie. Cette règle s’avérant peu fiable, le gouvernement fut amené à étendre ce cadastre à l'ensemble des communes de l'Empire (arrêté du 27 vendémiaire an XII (20 octobre 1803). En 1808, 16000 plans par masses de culture étaient réalisés.

Dans l’Aude en 1807, sur 433 communes, 188 ont un plan achevé. Les Archives départementales de l’Aude en conservent 137. Pour certains cantons toutes les communes ont été cadastrées (cantons de Conques, Belpech, Narbonne) ; d’autres circonscriptions sont en retard (cantons de Saissac, Limoux, Saint-Hilaire).

Cette cadastration montre ses limites dès sa mise en œuvre : la répartition de l’impôt se fait sur la base d’une simple déclaration des propriétaires, sans possibilité de réel contrôle. Le système demeure très inégalitaire fiscalement et sera abandonné pour un système fondé sur la parcelle individuelle (cadastre napoléonien).

Ces plans sont pour les historiens, géographes et autres spécialistes de l’évolution du paysage et des terroirs une source d’informations précieuse s’agissant des productions agricoles des terroirs (et leur répartition) et ce bien avant l’explosion de la viticulture et la transformation des paysages qui en a découlé.

Petite explication de texte avec le cas d’Alairac :

Plan de masses de cultures d'Alairac

En 1806 la commune d’Alairac est cadastrée et le géomètre en chef Guibal assisté de l’arpenteur Sicard en dresse un plan par masses de culture. Terminé le 1er décembre, le plan représente sur une feuille l’ensemble du territoire communal divisé en trois sections A,B et C.

Le géomètre emploie des feuilles pré-imprimées, communes à toutes la France. Elles portent en en-tête un cartouche qui permet au dessinateur de compléter le nom du département, de l’arrondissement, du canton et de la commune ainsi que les noms du géomètre et de l’arpenteur. Ce cartouche s’orne à droite des fruits de la terre (blé et raisins) et d’outils agricoles (faux, fourche, serpette et charrue) tandis qu’à gauche sont représentés les outils des arpenteurs (rapporteur, compas, équerre, chaîne, cadran solaire et théodolite).

Ces plans levés au 1/5 000e utilisent le système métrique mis en place à la Révolution. Les natures de cultures se différencient par des aplats de couleurs ainsi légendés sur le plan :

Teintes indicatives des natures de propriétés

Terres labourables : jaune pâle

Maisons et bâtiments : carmin

Jardins : sillons verts

Près : vert pomme

Vergers : jaune pâle et pointe verte

Pâture : vert pâle et flèches

Vignes : rouge pâle

Bois : vert foncé

 

Les numéros portés sur le plan ne correspondent pas aux parcelles que nous connaissons aujourd’hui mais à des espaces plus grands correspondant à une même nature de culture. Le terroir d’Alairac situé non loin de Carcassonne compte essentiellement des terres labourables, des bois et des pâtures.

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