Dans la bibliothèque du Centre d’Études Cathares

Depuis 2012, la Bibliothèque des Archives départementales compte parmi ses collections les ouvrages et tirés à part de la bibliothèque du Centre d’Études Cathares/René Nelli, association créée en 1981 et dissoute en 2011.

Cette bibliothèque se compose à la fois de documents sur le catharisme et autres dissidences religieuses du Moyen-Âge et de travaux de l’historien médiéviste Jean Duvernoy, mais abordent aussi plus largement la société méridionale à l’époque médiévale. Par ailleurs, le Centre d’Études Cathares s’était enrichi d’un fonds de plus de soixante-dix livres anciens, datant des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Alors que débute aujourd’hui le traitement informatique du fonds, nous avons souhaité présenter deux de ces livres anciens.

Venerabilis patris Monetae Cremonensis ordinis praedicatorum S.P. Dominico aequalis adversus Catharos et Valdenses

 Frontispice gravé sur cuivre représentant le père Moneta, par Giovanni Baptista Sintes d'après le tableau de Domenico Maria Fratta.

Ce livre, in-folio relié en parchemin, rassemble les réfutations des erreurs des Cathares et des Vaudois par le père dominicain Moneta de Crémone. Écrit vers 1240-1241, ce traité se voulait une aide aux inquisiteurs et théologiens pour connaître et distinguer les croyances des hérétiques et ainsi mieux les combattre. L’édition romaine de 1743 conservée à la bibliothèque des Archives départementales (cote CEC° 1) est l’œuvre du père dominicain Thomas Augustin Ricchini, théologien au Collège de Casanate. Avec cette édition, sont publiés pour la première fois les écrits du père Moneta avec l’approbation du père Thomas Ripoll, alors Maître Général de l’Ordre.

Le père Ricchini a enrichi cette édition de nombreuses notes sur le sujet et notamment d’une partie sur la vie du père Moneta. Il a aussi complété l’ouvrage de deux dissertations historiques. La première concerne les Cathares et se divise en huit chapitres dans lesquels sont notamment abordés l’étymologie du mot Cathares, leurs mœurs et cérémonies ou encore les moyens mis en œuvre par l’Église pour les détruire. La deuxième dissertation porte sur les Vaudois et se divise en cinq chapitres. D’une manière assez similaire à la première dissertation, l’auteur y aborde les origines, les dogmes et mœurs des Vaudois.

Pour aller plus loin :

DUVERNOY (Jean), Le catharisme. Tome 1, la religion des cathares, Toulouse, Privat, 1976, 404 p. Document en libre accès en salle de lecture, coté 273.6 DUV/1.

Dans son ouvrage, Jean Duvernoy traite entre autres de la dogmatique, de la liturgie et de l’Église cathare et cite à de nombreuses reprises la Somme du père Moneta de Crémone.

Directorium  inquisitorum F. Nicolai Eymerici ordinis praedicatorum, cum commentariis Francisci Pegñe sacre theologicae ac luris utriusque doctoris

Le Directorium inquisitorum, ou Manuel des inquisiteurs, a été écrit vers 1376 par Nicolas Eymerich, théologien et inquisiteur général de Catalogne et d’Aragon. Le Directorium fait partie, au même titre que la Practica officii inquisitionis de Bernard Gui, des célèbres manuels de la littérature inquisitoriale. Toutefois, l’œuvre de Nicolas Eymerich s’est distinguée sur plusieurs points. Comme le souligne Louis Sala-Molins[1], le traité se veut universel car destiné non seulement aux inquisiteurs mais aussi aux théologiens et juristes qui peuvent être consultés à différents moments de la procédure inquisitoriale. Il n’est pas seulement un traité de « bonnes pratiques », mais aussi un texte savant, plus théorique, compilant des textes juridiques et théologiques.

Imprimé pour la première fois en 1503, le Manuel a ensuite connu plusieurs rééditions. L’exemplaire conservé à la Bibliothèque des Archives départementales (cote CEC° 2) correspond à la réédition vénitienne de l607. C’est à partir de 1575, par ordre du Saint-Siège, et dans un souci d’actualisation, que les rééditions vont s’enrichir des nombreuses gloses et appendices du canoniste espagnol, Francisco Peña. Lois, textes et règlements propre à l’institution inquisitoriale sont ainsi mis à jour et viennent compléter les propos de Nicolas Eymerich. Le Directorium se structure en trois parties : une première qui traite par le biais des textes théologiques de la foi catholique, une deuxième dans laquelle Nicolas Eymerich recense et définie les différentes hérésies, et enfin une dernière partie qui traite des étapes de la procédure inquisitoriale.



[1] EYMERICH (Nicolau), PEÑA (Francisco), Le manuel des inquisiteurs, Albin Michel, 2001, 298 p. (Bibliothèque de l'Evolution de l'Humanité ; 38, E° 940)

 

 

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