Les archives d’une aventure sociale

Le 20 septembre prochain Michèle François, chargée d’études documentaires à la Direction régionale des affaires culturelles Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, Christiane Amiel ethnologue et Renaud Barrès, architecte et directeur du CAUE de l'Aude, présentent le Carnet n°7 du Parc naturel régional de la Narbonnaise en Méditerranée "Le village de vacances des Carrats à Port-Leucate, utopie sociale et architecturale".

Ce travail de reconnaissance de la valeur patrimoniale de l’ensemble des Carrats fait écho à son inscription le 23 juillet 2014 au titre des Monuments historiques, après une première labellisation « Patrimoine du 20ème siècle » en 2012. Par arrêté sont inscrits en 2014 les façades et toitures de tous les bâtiments et en totalité les bungalows T3, 4, 5, ainsi que le sol des parcelles, y compris les aménagements situés sur la plage.

La Caisse d’allocations familiales de l’Aude, propriétaire du village géré par la Fédération des œuvres laïques audoises, décide de mettre le village en vente en 2013. Les archives concernant le village sont confiées aux Archives départementales de l’Aude (versement 2378 W).

En 1963, la Mission Racine, mission interministérielle d'aménagement touristique du littoral du Languedoc Roussillon, est créée  pour conduire de grands travaux d'infrastructure en vue de développer le littoral méditerranéen dans les départements de l’Aude, du Gard, de l’Hérault et des Pyrénées-Orientales.

Cette politique d’aménagement du littoral est à l’origine des grandes stations balnéaires de la côte « Améthyste » : le Cap d’Agde, la Grande Motte… Avec la conception du village de vacances des Carrats, la volonté de développer le tourisme de masse sur la côte languedocienne, en concurrence avec la Côte d’Azur, rejoint celle du mouvement d’éducation populaire visant à faire des lieux de vacances pour des citadins de milieu modeste des espaces de développement social.

Georges Candilis, ancien disciple de Le Corbusier, nommé en 1964 architecte en chef de la Mission Racine, conçoit le village des Carrats comme un lieu d’expérimentation architecturale à dimension sociale. La forme cubique des bungalows a longtemps surpris et a pu desservir le message de Candilis mais ses toits terrasses, ses patios, les bâtiments collectifs, les nombreux lieux publics (placettes, aires de jeux) ont laissé dans la mémoire des vacanciers et du personnel le souvenir d’un lieu idéal où tout était fait pour tendre vers un bonheur individuel et collectif. Visionnaire, Georges Candilis a également créé l’hexacube (module d’habitat préfabriqué) et un mobilier spécifique novateur dont quelques pièces maîtresses ont été achetées en 2014 par le Centre national d’art et de culture Georges Pompidou.

Les nombreux documents (pièces administratives, photographies, films etc.) conservés dans nos fonds pour les années 1965-1998 nous permettent de mieux connaître cette expérience unique. 

 

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